(L’Oreille tendue a rédigé ce texte au nom des Presses de l’Université de Montréal.)
Bruxellois d’origine, formé au doctorat à Liège, professeur à l’Université de Toronto, puis à l’Université de Sherbrooke, admirateur de Victor Serge, membre récemment élu de la Société royale du Canada, Anthony Glinoer était un chercheur largement reconnu en matière d’édition et de groupes littéraires, surtout en France, du XIXe au XXIe siècle.
Ce spécialiste des sociabilités intellectuelles aimait le travail d’équipe, à la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire (U. de Sherbrooke), au GREMLIN (Groupe de recherche sur les médiations littéraires et les institutions), aux revues COnTEXTES et Mémoires du livre / Studies in Book Culture, pour le site Socius, dans tant d’autres lieux encore, numériques ou concrets.
Seul ou avec d’autres, en plus de nombreux ouvrages collectifs et de dizaines d’articles et de chapitres de livres, il a signé huit livres, dont deux aux Presses de l’Université de Montréal : La bohème. Une figure de l’imaginaire social (coll. «Socius», 2018) et Les classiques littéraires. Introduction à une sociologie (coll. «Espace littéraire», 2025). Le sous-titre de ce deuxième livre était un hommage discret à un de ses maîtres à penser, Jacques Dubois («le grand D»), quant aux interactions du social et du littéraire.
Ayant édité ces deux livres, je peux témoigner de l’érudition d’Anthony Glinoer, comme de la solidité de ses démonstrations. Exempte de jargon, sa prose visait à la plus grande clarté possible. Je veux surtout rappeler le souvenir d’un auteur ouvert à la critique, toujours prêt à discuter, craignant de froisser qui que ce soit, généreux dans l’échange, curieux des liens entre ses objets d’étude et l’actualité. Il avait beau se dire «têtu», il ne l’était guère. Dans une discipline où l’on est très souvent en retard, où les dates de tombée sont rarement respectées, il se faisait un point d’honneur de soumettre ses textes très longtemps à l’avance ! Sa capacité de travail forçait l’admiration.
Anthony Glinoer est mort à 50 ans, le 23 juin 2026. Son œuvre aura été interrompue, par sa propre volonté, bien trop tôt. Les PUM offrent leurs plus sincères condoléances à ses proches.
Benoît Melançon
Directeur de la collection «Socius»
Éditeur-conseil
(En 2020, dans «Profession : passeur», pour la revue Sociopoétiques, Anthony Glinoer présentait son parcours et ses choix, de la Belgique au Canada.)





