Hommage à Anthony Glinoer (1976-2026)

Portrait d’Anthony Glinoer

(L’Oreille tendue a rédigé ce texte au nom des Presses de l’Université de Montréal.)

Bruxellois d’origine, formé au doctorat à Liège, professeur à l’Université de Toronto, puis à l’Université de Sherbrooke, admirateur de Victor Serge, membre récemment élu de la Société royale du Canada, Anthony Glinoer était un chercheur largement reconnu en matière d’édition et de groupes littéraires, surtout en France, du XIXe au XXIe siècle.

Ce spécialiste des sociabilités intellectuelles aimait le travail d’équipe, à la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire (U. de Sherbrooke), au GREMLIN (Groupe de recherche sur les médiations littéraires et les institutions), aux revues COnTEXTES et Mémoires du livre / Studies in Book Culture, pour le site Socius, dans tant d’autres lieux encore, numériques ou concrets.

Seul ou avec d’autres, en plus de nombreux ouvrages collectifs et de dizaines d’articles et de chapitres de livres, il a signé huit livres, dont deux aux Presses de l’Université de Montréal : La bohème. Une figure de l’imaginaire social (coll. «Socius», 2018) et Les classiques littéraires. Introduction à une sociologie (coll. «Espace littéraire», 2025). Le sous-titre de ce deuxième livre était un hommage discret à un de ses maîtres à penser, Jacques Dubois («le grand D»), quant aux interactions du social et du littéraire.

Ayant édité ces deux livres, je peux témoigner de l’érudition d’Anthony Glinoer, comme de la solidité de ses démonstrations. Exempte de jargon, sa prose visait à la plus grande clarté possible. Je veux surtout rappeler le souvenir d’un auteur ouvert à la critique, toujours prêt à discuter, craignant de froisser qui que ce soit, généreux dans l’échange, curieux des liens entre ses objets d’étude et l’actualité. Il avait beau se dire «têtu», il ne l’était guère. Dans une discipline où l’on est très souvent en retard, où les dates de tombée sont rarement respectées, il se faisait un point d’honneur de soumettre ses textes très longtemps à l’avance ! Sa capacité de travail forçait l’admiration.

Anthony Glinoer est mort à 50 ans, le 23 juin 2026. Son œuvre aura été interrompue, par sa propre volonté, bien trop tôt. Les PUM offrent leurs plus sincères condoléances à ses proches.

Benoît Melançon
Directeur de la collection «Socius»
Éditeur-conseil

(En 2020, dans «Profession : passeur», pour la revue Sociopoétiques, Anthony Glinoer présentait son parcours et ses choix, de la Belgique au Canada.)

Émile Bessette (1927-2026)

Portrait d’Émile Bessette

Alors étudiante et assistante de recherche du professeur Laurent Mailhot, l’Oreille tendue avait assisté, avec Normand Doiron, les auteurs d’un Répertoire pratique de littérature et de culture québécoises (1981).

C’est à ce moment qu’elle a fait la connaissance d’Émile Bessette, qui, comme Réginald Hamel et Laurent Mailhot, enseignait au Département d’études françaises, devenu depuis le Département des littératures de langue française, de l’Université de Montréal.

Émile Bessette aimait dire d’un texte rédigé à la va-vite qu’il avait été «écrit à bicyclette».

Il vient de mourir à 98 ans.

 

Référence

Émile Bessette, Réginald Hamel et Laurent Mailhot, Répertoire pratique de littérature et de culture québécoises, Québec, ministère des Affaires intergouvernementales, 1981, 63 p. Réédition en 1982.

Citation de circonstance (malheureuse)

Claude Lemieux marque un but contre les Whalers de Hartford le 29 avril 1986

La scène, tirée du roman Amiante (2024), de Sébastien Dulude, se déroule dans un autobus scolaire au printemps 1986.

Binette crachait des noyaux de merises dans les vitres ouvertes des autos qu’on dépassait. Il portait un chandail des Canadiens de Montréal, celui de Claude Lemieux, le fougueux 32. Binette prédisait la coupe demain soir pour les Canadiens. Le petit Poulin maugréait : Michel Goulet et sa troupe bleue avaient fini premiers de la division pour être éliminés au premier tour par les Whalers. Puis, c’est le 32 lui-même qui avait envoyé les Whalers en vacances, en prolongation; son dixième but des séries la veille avait rapproché les Canadiens d’une vingt-troisième coupe Stanley. Le petit Poulin avait juré qu’il n’écouterait aucune partie des Canadiens, même en finale. Moi, mon joueur c’était Petr Svoboda, le 25, mais il y avait aussi Stéphane Richer, Patrick Roy, sûrement la recrue de l’année, Naslund, Smith, Chelios, Carbonneau ! Je me disais que si on ne gagnait pas la coupe cette année, on allait certainement la gagner l’année suivante. Le soir, j’écoutais la première période du match avec mon père, en silence, et après je devais aller me coucher. Filer doux, comme il disait. J’apprenais le résultat le matin, à la radio (p. 40-41).

Claude Lemieux est mort hier.

 

Référence

Dulude, Sébastien, Amiante, Saguenay, La Peuplade, 2024, 209 p. Ill.

Robert «Bobby» Rousseau

Brochure Playing Better Hockey with les Canadiens, 1963 (?), p. 20

Il a servi à enseigner le hockey, dans la brochure Playing Better Hockey with les Canadiens (p. 20), d’où l’illustration ci-dessus.

Il a été chanté, au moins deux fois.

Par Robert Charlebois, dans «Mon pays» (1970), sur des paroles de Réjean Ducharme.

Qui c’est qui a gagné hier au soir
Rousseau passe jamais l’puck y fa le tour du Forum avec
Pis y va s’écraser su’a bande
Hanover Picnic dans troisième
Ça zigonne ça fucke le chien maudite pâte molle

Par Georges Langford, dans «La coupe Stanley» (1973) :

De temps en temps j’m’en lave les mains
Le sam’di soir d’mandez-moi rien
Je suis un partisan des Canadiens
J’connais les joueurs par numéro-o-o-o
Le nom d’leur char pis d’leur chauffe-eau
La sorte de bière à Bob Rousseau
Le nom du chien d’la femme à Béliveau

Il a été évoqué en propriétaire de terrain de golf, à Louiseville, par Luc Gélinas (p. 94). Le narrateur de Marc Robitaille se réjouit que son frère habite la même rue que lui (p. 96). Il aurait été aussi excitant que Maurice Richard, avance Louis Chantigny dans un article de mai 1962, reproduit en 1974 : «Des points communs apparaissent alors qui rendent étrangement similaires les voies de leurs destins» (p. 150)… Jacques Poulin le plaçait dans une classe à part :

J’avais toujours pensé que les joueurs de hockey n’avaient pas d’enfance; je veux dire : qu’ils ne vivaient pas avec leur enfance, excepté un petit nombre, comme Frank Mahovlich et Bob Rousseau, qui traînaient encore une partie de leur enfance sur la patinoire (p. 89).

Il aurait pu être porté par John Lennon (et par Yoko Ono ?) :

John Lennon tenant le chandail numéro 15 offert par Edward Wolk

Robert (Bob) (Bobby) Rousseau (1940-2025)  — c’est du hockey — vient de mourir.

 

Références

Chantigny, Louis, Mes grands joueurs de hockey, Montréal, Leméac, coll. «Éducation physique et loisirs», 8, 1974, 181 p. Ill. Préface de Marcel Dubé.

Gélinas, Luc, C’est la faute à Ovechkin, Montréal, Hurtubise, 2012, 219 p.

Poulin, Jacques, le Cœur de la baleine bleue. Roman, Montréal, Éditions du Jour, coll. «Les romanciers du jour», R-66, 1970, 200 p.

Richard, Maurice Rocket, Playing Better Hockey with les Canadiens, [s.l.], [s.é.], 1963 (?), 24 p. Ill.

Robitaille, Marc, Des histoires d’hiver avec encore plus de rues, d’écoles et de hockey. Roman, Montréal, VLB éditeur, 2013, 180 p. Ill.