Paul Gérin-Lajoie (1920-2018)

Photographie de Paul Gérin-Lajoie, 2012, par Simon VilleneuvePaul Gérin-Lajoie vient de mourir. On chante ses mérites — à juste titre — sur toutes les tribunes, tant pour son rôle dans le développement de l’éducation au Québec que pour son action internationale.

L’Oreille tendue, en 2013, avait eu le plaisir de côtoyer Paul Gérin-Lajoie pendant quelques heures. Elle était sortie de cette rencontre avec un seul souhait : avoir, en vieillissant, ne serait-ce qu’une partie de la lucidité et de la vivacité d’esprit de cet homme de plus de 90 ans.

C’est une vie bien pleine, jusqu’à la fin, qui vient de s’achever.

P.-S.—Le nom de Paul Gérin-Lajoie s’est déjà retrouvé à côté de celui de Maurice Richard. Cela ne s’invente pas.

Illustration : photographie de Paul Gérin-Lajoie au Forum mondial de la langue française en 2012, par Simon Villeneuve, disponible sur Wikimedia Commons

Trois petites choses sur Gérard Genette

Le théoricien français Gérard Genette vient de mourir à 87 ans.

Il était apparu chez l’Oreille tendue pour deux néologismes : «palimpsestueux» et «anarchiviste».

Rappelons encore ces quelques lignes à la fin de Palimpsestes (1982, p. 455) :

Gérard Genette, Palimpsestes, 1982, p. 455Il avait l’oreille.

Référence

Genette, Gérard, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, coll. «Poétique», 1982, 467 p.

Hervé Prudon (1950-2017)

Hervé Prudon, Champs-Élysées, 1984, couverture

Livre Hebdo annonce ce matin la mort du romancier Hervé Prudon.

À une époque de sa vie, l’Oreille tendue a lu quelques polars de cet auteur : Mardi-gris (1978) — Prudon y pratique la diaphore —, Tarzan malade (1979) — lire un autoportrait ici —, Banquise (1981) et Champs-Élysées (1984).

Elle avait rendu compte de ce dernier roman pour le magazine culturel Spirale (46, octobre 1984, p. 15) :

Martin Bollène aime éperdument Jamina, «la plus belle fille du monde», qu’il a rencontrée dans le train le ramenant à Paris (p. 9, p. 107). Après quatre années passées en montagne à la recherche de son «âme» (p. 10), il rentre, engagé par la Prestige Élysées Films, pour tourner une publicité de trente secondes. Alors plongé en pleine guerre des gangs, il voit disparaître Jamina et se trouve au centre d’affrontements (auxquels il ne comprend rien) entre bandes rivales. Mais Bollène n’est pas un héros; il se sentirait plutôt, comme la bille d’un flipper, à la merci d’un «grand manager» inconnu (p. 20, p. 155, p. 204). Les Champs-Élysées, «mirages bordés de cactus» (p. 131) ou «traînée lumineuse de l’Occident chrétien» (p. 10), ne sont que le décor de cette histoire d’amour; la vie est ailleurs, dans les parkings et les galeries souterraines, les bureaux insonorisés ou les wagons désaffectés. Comme dans Banquise, un de ses romans précédents, Prudon fait avec Champs-Élysées autant dans la «poésie suburbaine» que dans le néopolar. Enlevée, brillante, jouant des modes et des niveaux linguistiques, la prose de Prudon rend aussi bien la tendresse de Bollène pour son père que la violence urbaine. Sur fond de désillusion post-soixante-huitarde, l’auteur met en scène divers mythes modernes (les bas-fonds de la ville, l’amour fou, le héros solitaire), sans clichés ni pathos. Même si «Paris écrase tout» (p. 26), Bollène et Jamina s’en sortiront.

On trouve aussi (au moins) un zeugme dans ce roman (voir ).

Référence

Prudon, Hervé, Champs-Élysées, Paris, Mazarine, 1984, 214 p.