Accouplements 273

Portrait d’Emmanuel Carrère, Le livre sur la place, 2014

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Carrère, Emmanuel, V13. Chronique judiciaire, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 7354, 2024, 357 p., p. 323. Édition originale : 2022. Postface de Grégoire Leménager.

«Je ne sais pas si ce trait de caractère ferait de moi un bon ou mauvais juge, mais je me laisse facilement convaincre. J’entre facilement dans les raisons d’autrui, ce qui est à la fois une qualité — l’absence de préjugé — et un défaut — le risque d’être une girouette, toujours de l’avis du dernier qui a parlé. Mon intime conviction est flottante, indécise» (p. 307).

Carrère, Emmanuel, Kolkhoze, Paris, P.O.L, 2025, 558 p.

«mais Gide, qui était comme moi de l’avis du dernier qui a parlé, se convertissait facilement à n’importe quoi et se déconvertissait tout aussi facilement» (p. 85).

 

Illustration : Emmanuel Carrère, Le livre sur la place, 2014, photo déposée sur Wikimedia Commons

La citation parfaite du jour

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

«Savez-vous ce qui agace mes pauvres nerfs de ce temps-ci, ce qui me rend maussade pour tout le monde, moi qui ne l’ai jamais été que pour mon mari ? C’est l’approche du jour de l’An. Vous ne sauriez imaginer quelle antipathie je porte à cette réjouissance annuelle, à cette fête banale que le calendrier nous impose, que les hommes subissent pour ne pas déplaire aux femmes et que les femmes tolèrent pour ne pas faire pleurer les enfants. L’obligation de former des vœux de bonheur du bout des lèvres pour tous ceux qui vont venir m’en demander, de voir défiler dans mon salon une procession de gens qui me débiteront, souvent cinq ou six à la fois, les mêmes banalités en secouant sur mes tapis la neige de leurs bottes, m’emplit l’âme des plus noires pensées. Si vous saviez comme vous êtes ridicules et ennuyeux, vous autres hommes…»

Hector Fabre, «Le jour de l’An», 4 janvier 1864, dans Chroniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact classique», 189, 2007, p. 56-65, p. 56. Postface, chronologie et bibliographie de Gilles Marcotte.

 

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 20 décembre 2025.

Dans l’œil et dans l’oreille de l’Oreille tendue en 2025

Sapin de Noël, 24 décembre 2021

Sans ordre, quelques souvenirs culturels pour l’année qui se termine.

Une série québécoise ? Empathie.

Un podcast québécois ? Translations.

Un Echenoz ? Bristol.

Un roman étatsunien ? Nemesis.

Un autre roman étatsunien ? Dolores Claiborne.

Un recueil de chroniques français ? V13.

Un recueil de souvenirs ? The Year of Magical Thinking.

Un livre québécois inclassable ? Foule monstre.

Un recueil de poésie québécois ? Précieux sang.

Un essai sur le numérique ? Écrire l’histoire.

Un autre podcast québécois ? La Tempête Conrad Black.

Un blogue québécois ? Le Machin à écrire.

Un autre blogue québécois ? BiblioBabil.

Un service dominical ? Les Notules.

À votre service.

 

Références

Brousseau, Simon, Foule monstre, Montréal, Héliotrope, 2025, 225 p.

Carrère, Emmanuel, V13. Chronique judiciaire, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 7354, 2024, 357 p. Édition originale : 2022. Postface de Grégoire Leménager.

Didion, Joan, The Year of Magical Thinking, Londres, 4th Estate, 2012, 227 p. Ill. Édition originale : 2005.

Echenoz, Jean, Bristol. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2025, 205 p.

King, Stephen, Dolores Claiborne. A Novel, New York, Pocket Books, 2022, xiii/395 p. Ill. Édition originale : 1993.

Muller, Caroline, avec Frédéric Clavert, Écrire l’histoire. Gestes et expériences à l’ère numérique, Paris, Armand Colin, 2025, 201 p. Préface d’Antoine Prost.

Roth, Philip, Nemesis, Toronto, Penguin Canada, 2011, 280 p. Édition originale : 2010.

Voyer, Marie-Hélène, Précieux sang suivi de Voir avec des yeux de chair, Saguenay, La Peuplade, coll. «Poésie», 2022, 196 p.

Autopromotion 876

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

Dans le Devoir du jour, l’Oreille tendue publie «Apologie du flâneur», dans la rubrique «Le Devoir de littérature». Ce flâneur, c’est Hector Fabre, mais ce devrait être tout habitant d’une grande ville.

Ce texte a été soumis au journal il y a déjà un mois. Aujourd’hui, l’Oreille serait plus sévère au sujet de l’administration montréalaise de Soraya Martinez Ferrada.

P.-S.—C’est, en effet, la deuxième fois que L’Oreille tendue collabore à cette rubrique. La première fois, c’était .

Les zeugmes du dimanche matin et d’Hector Fabre

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

«C’est là une des faces du progrès alarmant du luxe parmi nous. Hélas ! les robes d’indienne s’en vont; il n’y a que les hommes qui les aiment; que quelques fidèles qui en aient le fanatisme. Comme c’est joli pourtant les robes d’indienne ! comme c’est frais, léger, charmant ! C’est la toilette de quinze ans, c’est la robe que l’on a mise à tous ses rêves de clerc et de rimailleur; c’est la toilette de la gaîté, de l’insouciance, de la jeunesse ! toutes les héroïnes que nous avons logées dans notre cœur et dans une chaumière, (à l’âge où l’on croit aux chaumières) portaient des robes d’indienne; celles qui ont eu les primeurs de nos cœurs, la première fleur de notre imagination, portaient des robes d’indienne» («Bals d’enfants», 15 janvier 1862, p. 43-48, p. 46).

«Un de nos jeunes volontaires aimait d’amour tendre une charmante héritière, qui habite le faubourg St. Louis. Il était épris de ses beaux yeux et des souvenirs, sous forme de rentes, que laisserait en quittant ce monde son futur beau-père» («L’invasion fénienne», 9 mars 1866, p. 74-84, p. 80).

Le piano «écrase les gens qui le portent. On les voit prêts à succomber sous le poids de l’harmonie condensée, et les notes ne bougent pas; mais enfin un vigoureux coup d’épaule, semblable à ce cri suprême que pousse un chanteur pour rattraper l’air qui s’en va, sauve la situation et le piano» («Les déménagements», 10 mai 1866, p. 85-89, p. 88).

Hector Fabre, Chroniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact classique», 189, 2007, 302 p. Postface, chronologie et bibliographie de Gilles Marcotte.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)