Collocation du jour

Julien Grégoire, Jeux d’eau, 2021, couverture

Sous gâter, le Petit Robert (édition numérique de 2018) propose cette définition : «Traiter (qqn) en comblant de prévenances, de cadeaux, de gentillesses» et renvoie à pourrir : «Gâter extrêmement.»

Le français du Québec amalgame volontiers ces deux mots : «Personne mérite le respect, personne ! Et encore moins les petits enfants gâtés pourris comme toi, qui pensent que tout le monde leur doit quelque chose» (Jeux d’eau, p. 112).

À votre service.

P.-S.—Collocation ? Par ici.

 

Référence

Grégoire, Julien, Jeux d’eau. Roman, Montréal, Del Busso éditeur, 2021, 212 p.

Ouille !

Pansement adhésif, dessin de Charles Malo Melançon

Soit les deux phrases suivantes :

«Ouais, mais comme ça risque d’être difficile à entendre, je vais y aller d’un coup sec. Comme quand on enlève un plaster à un enfant, OK ?» (Un lien familial, p. 230)

«Ça s’est transformé en mal de cœur, la sueur s’est épaissie, c’est maintenant une sorte de colle écœurante, il s’arrache de son lit comme s’il était un gros plaster» (Jeux d’eau, p. 97).

Plaster, donc. Au Québec, dans le français populaire, ce mot désigne le pansement (adhésif), le sparadrap, le diachylon.

Quand il faut s’en débarrasser, il faut s’en débarrasser, sans s’apitoyer sur son sort.

Allez-y. Tirez.

P.-S.—La prononciation plasteur est largement attestée. Pierre Corbeil propose pla’stœrr (p. 77).

P.-P.-S.—Certains, pour rappeler que le mot vient de l’anglais, le mettent en italique. Dans un roman (québécois), ça se discute.

P.-P.-P.-S.—Au sujet de diachylon, le dictionnaire numérique Usito a deux remarques intéressantes. D’usage : «L’emploi de diachylon est sorti de l’usage en France.» De prononciation : «Ce mot, prononcé autrefois [diachilon] en France, y est aujourd’hui prononcé [diakilon].» (Au Québec, à vue d’oreille, c’est la première prononciation qui domine encore aujourd’hui.)

 

Références

Bismuth, Nadine, Un lien familial. Roman, Montréal, Boréal, 2018, 317 p.

Corbeil, Pierre, Canadian French for Better Travel, Montréal, Ulysse, 2011 (3e édition), 186 p. Ill.

Grégoire, Julien, Jeux d’eau. Roman, Montréal, Del Busso éditeur, 2021, 212 p.

L’Oreille étend son registre

«Bienvenue en cleptocratie», pancarte

On n’a jamais trop de mots. L’Oreille tendue en a relevé quelques-uns, nouveaux pour elle.

Les «influenceurs de la frustration» sont des infruenceurs, dixit Mike Tremblay.

Ne rajeunissant pas, l’Oreille devrait-elle craindre la vieillolescence (Paul-André Fortier), voire l’âgicide (Réjean Hébert) ? En anglais, dans un registre malheureusement voisin, il y a senicide (Niall Ferguson).

Jair Bolsonaro poursuit, selon Antonio Pele, des nécropolitiques. On ne les confondra pas avec les necropoetics (Donald Hall).

La «condomisation de nos villes et villages» (Mario Girard) n’a rien à voir avec le condom et tout à voir avec le condominium.

«L’écrivain Sylvain Tesson a forgé le mot “stégophilie” pour nommer sa passion : escalader les immeubles, les églises, les cathédrales jusqu’à leurs sommets, pour y passer des nuits entières» (France Culture). On lui souhaite d’être prudent.

Toujours chez France Culture, découvrons la léthargocratie. Marc Séguin, lui, parle de pseudocratie.

«Variante d’americana pour notre coin d’Amérique» ? Allons écouter un peu de québécana (Sylvain Cormier). Cela nous reposera.

Vaut mieux l’avoir que pas

Emmanuel Deraps, Failure, 2019, couverture

Soit le passage suivant de l’incipit du recueil Failure d’Emmanuel Deraps (2019) :

failure c’est un long poème
[…]
c’est pour celles qui ont le verre vide
et qui n’ont pas le courage
de faire signe                              au barman
c’est pour ceux qui n’ont pas la twist
mais qui dansent quand même sous la pluie (p. 13)

Malgré l’allusion à la danse, l’expression avoir la twist excède, en français du Québec, le domaine de la rotation pelvienne.

Elle signifie être habile, savoir s’y prendre ou, pour le dire avec une autre expression du cru, avoir le tour.

L’Oreille tendue souhaite à ses lecteurs de l’avoir et de ne jamais la perdre.

 

Référence

Deraps, Emmanuel, Failure. Poésie, Montréal, Del Busso éditeur, 2019, 112 p. Ill.