Langues prêtes à porter

Jean-Philippe Toussaint, la Salle de bain, éd. de 2005, couverture

Langue de bois, langue de coton, langue de verveine, langue de margarine : les langues toutes faites, écholaliques, ne manquent pas.

Exemple, évidemment ironique, chez Jean-Philippe Toussaint, dans la Salle de bain (1985) :

Des débats ont été engagés, dirait l’ambassadeur, des suggestions émises, des conclusions tirées et des programmes adoptés. Ces projets, qui ont été élaborés dans le sens de l’harmonisation des textes, visent, à travers une définition précise des études préalables, à renforcer la mise en œuvre des dispositions établies lors de la précédente réunion. Les mêmes dispositions tendent, du reste, à inspirer aux participants une programmation plus rigoureuse de leurs activités d’étude pour une meilleure maîtrise des projets, de manière à mettre en œuvre les modalités d’une amélioration de l’efficacité pratique des capacités. Compte tenu des grands espoirs nourris par les participants, ils se sont entendus pour conjuguer leurs efforts dans les domaines de la responsabilité, de la fidélité et de la cohésion. Davantage. Ils attendent — et l’expression est de la bouche même du président de séance — une multiplication des efforts en vue de réaliser les principaux objectifs assignés. Vous avez un saladier ? demanda Kabrowinski. Pardon ? Un saladier, répéta-t-il en mimant approximativement un saladier (éd. de 2005, p. 34-35).

C’est ce qui s’appelle être sauvé par le saladier.

 

Référence

Toussaint, Jean-Philippe, la Salle de bain suivi de Le jour où j’ai rencontré Jérôme Lindon, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Double», 32, 2005 (1985), 139 p.

Pour saluer Christian Gailly

L’Oreille tendue ne prétend pas être une spécialiste de Christian Gailly. C’est, en revanche, un romancier qu’elle aimait lire.

Dans ce blogue, il a été question de son art de la variation, de son vocabulaire (autobus à soufflet, inciser, onclicide, saule, tacautacer, thermos), de son rapport aux gares et aux voitures, de l’utilisation du magnétophone par un de ses personnages, des idiotismes de métier de la dentiste de l’Incident (1996).

Sa maîtrise du portrait bref forçait l’admiration : dans les Évadés (1997, ici et ), dans la Passion de Martin Fissel-Brandt (1998), dans Dernier amour (2004), dans les Oubliés (2007).

Christian Gailly vient de mourir.

 

«La vie est comme ça,
on n’arrête pas de recommencer
et un jour on en meurt»
(Lily et Braine, 2010).

(Merci à @edesplanques pour la citation.)