Patate chaude parfois bienvenue

Diagramme représentant le flea flicker, Wikipédia en anglais, 13 juin 2026

Au football (le canadien, donc l’américain), un jeu s’appelle le flea flicker.

Le quart-arrière s’installe derrière le joueur de centre. Celui-ci lui remet le ballon. Le quart-arrière le remet à son porteur, qui feint de courir avec l’objet. Au lieu de continuer sa course, le porteur redonne le ballon au quart-arrière, qui en profite pour le lancer, généralement loin. Il s’agit donc de faire croire à une course alors qu’on se prépare à une passe. (Wikipédia a, évidemment, un article au sujet de cette manœuvre, d’où est tirée l’illustration ci-dessus.)

Comment dire cela en français ? On peut se contenter de jeu truqué. On entend aussi parfois jeu de la patate chaude («À toi !» «Non à toi !»).

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première patate que nous croisons en ces lieux.

P.-P.-S.—D’autres mots de la langue du football ? Bien sûr.

P.-P.-P.-S.—On peut imaginer la manœuvre avec d’autres joueurs que le quart-arrière et le porteur, mais le principe reste le même.

Hexagone maudit

Logo de la société d’aviation Porter

Porter diffuse actuellement une publicité télévisée où un des personnages se demande s’il faut prononcer le nom de cette société aérienne porté ou porteure. Ses amis, pour essayer de lui faire entendre raison, l’interrogent sur la prononciation d’autres mots avec une graphie semblable. Lagué ou lagueure (la bière) ? Vancouvé ou Vancouveure (la ville) ?

Arrive un moment où la question porte sur lighté ou lighteure (le briquet). Un autre voyageur se joint alors de la conversation : «Hé, les gars, on fume pas dans l’avion, là.» Voilà quelqu’un qui ne se mêle manifestement pas de ses affaires, en plus de prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’une plaisanterie.

On ne saura qu’une chose de lui, à cause de son accent : il vient de l’Hexagone. Au Québec, l’image du maudit Français n’est jamais bien loin.

Mal augurer

Librairies Indigo, 2010, publicité

Soit la phrase suivante, tirée du quotidien montréalais la Presse+ du 25 mai 2026 : «Cinq tirs après deux périodes, 12 au total, ça ne fait pas des enfants forts.»

Ne pas faire des enfants forts, donc, dans le français populaire du Québec : ne pas instiller une grande confiance, ni dans l’immédiat ni dans l’avenir.

À votre service.

P.-S.—Les enfants, pas les flos; flos forts serait peu euphonique.

Pourquoi s’en passer ?

Tirelire ou cochon

50 % de la progéniture de l’Oreille tendue occupe un emploi étudiant. Les conditions de travail sont compliquées — horaires irréguliers et très longs, lieu de travail difficilement accessible à cause de ces horaires, etc. —, mais le salaire est élevé. Bref, ce 50 % «fait une passe de cash», pour le dire comme un autre membre de la famille.

Le cash, c’est évidemment l’argent.

Faire une / la passe, dans le français populaire du Québec, c’est profiter d’une situation avantageuse.

On peut aussi dire faire une passe d’argent.

À votre service.

P.-S.—Après avoir écrit le brouillon de ce qui précède, l’Oreille est tombée sur ceci, dans la Presse+ du 10 juin 2026 : «Longtemps, le modus vivendi du Pad se sera résumé à “faire une passe de cash le plus rapidement possible pour ensuite pouvoir voyager, jouer de la guit pis écrire des tounes”.» Ce «Pad» est, bien sûr, celui de QRBP. Comme la personne citée ci-dessus, il a une relation intime avec Saint-Nazaire (Québec). C’est comme ça.