Patate chaude parfois bienvenue

Diagramme représentant le flea flicker, Wikipédia en anglais, 13 juin 2026

Au football (le canadien, donc l’américain), un jeu s’appelle le flea flicker.

Le quart-arrière s’installe derrière le joueur de centre. Celui-ci lui remet le ballon. Le quart-arrière le remet à son porteur, qui feint de courir avec l’objet. Au lieu de continuer sa course, le porteur redonne le ballon au quart-arrière, qui en profite pour le lancer, généralement loin. Il s’agit donc de faire croire à une course alors qu’on se prépare à une passe. (Wikipédia a, évidemment, un article au sujet de cette manœuvre, d’où est tirée l’illustration ci-dessus.)

Comment dire cela en français ? On peut se contenter de jeu truqué. On entend aussi parfois jeu de la patate chaude («À toi !» «Non à toi !»).

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première patate que nous croisons en ces lieux.

P.-P.-S.—D’autres mots de la langue du football ? Bien sûr.

P.-P.-P.-S.—On peut imaginer la manœuvre avec d’autres joueurs que le quart-arrière et le porteur, mais le principe reste le même.

Curiosité voltairienne (et poétique)

Pierre Nepveu, Un os dans la neige, 2025, couverture

«Un os dans la neige

2.

il avançait dans une gorge ou un canyon.
ses enfants tout au fond hurlaient au secours,
il se triturait les organes et labourait
des arpents de matière grise avariée,
cherchant dans le magma des sources de fécondité,
et maintenant il reste cet os dans la neige,
dégagé à mesure que le soleil gravit les latitudes
et déjà loin du Capricorne prend de l’ardeur,
cette chose qui fait scandale, ce drapeau
malheureux au cœur de février
hostile aux oiseaux et à toute proposition de douceur» (p. 62).

 

«Formes simples

S’élève parfois comme un vent de beauté
oublieux de tout ce que nous portons,
vieux chevaux tirant tête baissée
de grandes charrettes chargées jusqu’au ciel,
et moi-même tout juste sorti de mon sous-sol,
je me laisse couler à pic dans les feuillages
ou dériver vers des vallons qui nous enveloppent,
fils de soie, d’araignées, tresses de branches,
messages de vie relayés de tige en tige
tandis que plus loin, l’horizon achève
de soigner cette déchirure qu’on a crue fatale,
et je me tiens là, hésitant à bouger,
croyant en vain trouver le salut
dans une forme extrême d’immobilité,
cherchant ma gravité dans des motifs végétaux,
des arpents de verdure dont la géométrie
est ma manière la plus simple de penser encore
à rebours des marécages et des heures d’aphasie» (p. 95).

 

Pierre Nepveu, Un os dans la neige, Montréal, Éditions du Noroît, 2025, 106 p.

 

Au début du vingt-troisième chapitre de Candide (1759), le conte de Voltaire, «Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient», Candide discute avec Martin sur le pont d’un navire hollandais : «Vous connaissez l’Angleterre; y est-on aussi fou qu’en France ? — C’est une autre espèce de folie, dit Martin. Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.»

 

Voltaire est toujours bien vivant.

 

P.-S.—Oui, il y a un zeugme dans le dernier vers du premier poème.

Hexagone maudit

Logo de la société d’aviation Porter

Porter diffuse actuellement une publicité télévisée où un des personnages se demande s’il faut prononcer le nom de cette société aérienne porté ou porteure. Ses amis, pour essayer de lui faire entendre raison, l’interrogent sur la prononciation d’autres mots avec une graphie semblable. Lagué ou lagueure (la bière) ? Vancouvé ou Vancouveure (la ville) ?

Arrive un moment où la question porte sur lighté ou lighteure (le briquet). Un autre voyageur se joint alors de la conversation : «Hé, les gars, on fume pas dans l’avion, là.» Voilà quelqu’un qui ne se mêle manifestement pas de ses affaires, en plus de prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’une plaisanterie.

On ne saura qu’une chose de lui, à cause de son accent : il vient de l’Hexagone. Au Québec, l’image du maudit Français n’est jamais bien loin.