Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Claudel

Philippe Claudel, l’Archipel du Chien, 2018, couverture

«Il ôta de son nez ses lunettes épaisses et troubles qui lui faisaient un regard de rouget perdu dans un aquarium aux parois verdies par les algues, puis se mit à les essuyer lentement avec un pan de sa soutane qui sentait le camphre et le long célibat» (p. 35).

«Deux vieilles avaient quitté l’église dans un fracas de chaises. L’une d’elles avait même dénoncé le curé et ses propos sacrilèges à l’évêque dans un courrier encombré de fautes et d’eau bénite» (p. 98).

Philippe Claudel, l’Archipel du Chien, Paris, Stock, coll. «La bleue», 2018, 288 p.

 

[Complément du 7 août 2018]

«Ils voudraient comme d’habitude le retenir pour déjeuner, mais comme d’habitude il refuserait, et transporterait son gros corps jusque chez lui pour se nourrir d’un peu de pain, d’olives et de solitude.»

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

C(h)(r)isti(e)

Dans son excellente série «Passé simple», @machinaecrire évoquait hier ces

petits malins [qui] s’inventent des versions édulcorées des sacres. Il s’agit de tordre une syllabe pour mettre un gros mot à la diète. Ainsi sont-ils persuadés de leurrer les adultes lorsqu’ils lancent : bateau, câline, câlique, caltore, crime, cibole, hostic, sacrifice, tabarnane, tabarouette, taboire et le classique christie, qui est à la fois la fusion de christ et hostie, mais aussi une marque de biscuits bien connue à l’époque.

«Christie» ? Patrick Lagacé, de la Presse+, n’est pas du même avis :

Mais tout pour désespérer de l’humanité : cristi, tu me suggères de me pendre, bonhomme, pour vrai, tu vires sur le top parce que j’ai écrit que mourir à 69 ans, subitement, est une belle mort ?

Cristi est aussi la graphie retenue par Léandre Bergeron en 1980, qui définit le mot ainsi : «Forme adoucie de CRISSE !» (p. 159; majuscules certifiées d’origine). Francis Desharnais et Pierre Bouchard ajoutent une lettre : cristie (2013, p. 102).

Albert Chartier, dans la bande dessinée Onésime en juin 1983 (éd. de 2011, p. 229), préfère «Christi».

Albert Chartrier, «Onésime», juin 1983, détail

L’origine de l’expression n’est pas plus claire. @revi_redac se posait la question en 2014 :

L’Oreille tendue pencherait vers l’euphémisme plus que vers la fusion christ + hostie, mais elle n’en mettrait pas son oreille au feu.

Tout ça, il est vrai, se discute.

 

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Chartier, Albert, Onésime. Les meilleures pages, Montréal, Les 400 coups, 2011, 262 p. Publié sous la direction de Michel Viau. Préface de Rosaire Fontaine.

Desharnais, Francis et Pierre Bouchard, Motel Galactic. 3. Comme dans le temps, Montréal, Éditions Pow Pow, 2013, 107 p.