Le bon accent ?

Michel Tremblay, la Diaspora des Desrosiers, 2017, couverture

«— C’est ben pour dire, hein, j’ai un accent pis je le savais pas.
— Tout le monde a un accent, Teena. Nous autres on a un accent, le monde de Montréal ont un gros accent, les Français de France ont un accent…
— Oui, mais eux autres c’est le bon.
— C’est le bon pour eux autres, comme le nôtre est le bon pour nous autres.»

Michel Tremblay, Survivre ! Survivre !, dans la Diaspora des Desrosiers, Montréal et Arles, Leméac et Actes sud, coll. «Thesaurus», 2017, 1393 p., p. 1101-1251, p. 1167. Préface de Pierre Filion. Édition originale : 2014.

Accouplements 99

Marivaux, la Dispute, édition de 1754, première page

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Pas plus tard que jeudi matin, l’Oreille tendue, dans le cadre de son cours sur le théâtre du XVIIIe siècle, proposait à ses étudiants un rapprochement entre la Dispute de Marivaux (1744) et la téléréalité.

Pour cela, elle s’appuyait sur un livre de Catherine Henri, De Marivaux et du Loft (2003). L’auteure y raconte une expérience d’enseignement, au lycée, en 2001-2002, durant laquelle elle a lu la pièce de Marivaux à la lumière de la téléréalité française Loft Story.

Le Devoir de samedi consacre un court texte à une téléréalité québécoise, Occupation double à Bali. Titre de l’article : «Retour des marivaudages sous le soleil.»

Ça ne s’invente pas.

 

[Complément du 23 septembre 2020]

La mise en scène de la Dispute par Laurent Leclerc en 2019 (Comédie Poitou Charentes) évoque elle aussi l’univers de la téléréalité.

 

Illustration : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, le Theatre de Monsieur de Marivaux, de l’Academie française. Nouvelle édition, À Amsterdam et à Leipzig, Chez Arkstee & Merkus, 1754, image déposée sur Wikimedia Commons

 

Référence

Henri, Catherine, De Marivaux et du Loft. Petites leçons de littérature au lycée, Paris, P.O.L, 2003, 151 p.

L’oreille tendue de… Grégoire Courtois, bis

Grégoire Courtois, les Lois du ciel, 2016, couverture

«Et dès cet instant, il s’était mis à marcher différemment, à moins parler, à se faire plus discret, à tendre l’oreille au moindre bruit, car désormais, il ne jouait plus au loup, comme il l’avait fait avec Yasmine et Emma — comment avaient-elles pu lui échapper ces deux idiotes ? — pour les effrayer plutôt que vraiment les attraper, désormais il était en chasse, et ce faible gémissement, cet infime couinement qui lui était parvenu de plus en plus nettement, à mesure qu’il avançait vers le nord, il avait commencé à penser que ce pouvait bien être sa première proie.»

Grégoire Courtois, les Lois du ciel. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 99, 2016, 195 p., p. 128.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 15 mars 2017.

Histoire vague

La foule faisant la vague à la Coupe des confédérations à Francfort en 2005

Quiconque a déjà fréquenté un stade sait qu’y arrive souvent un moment où les spectateurs sont appelés à faire la vague (se mettre debout, une section après l’autre, en levant les bras, histoire de donner l’impression qu’une vague se déplace dans le stade).

L’origine de ce mouvement est obscure.

En anglais, Wikipédia donne ceci : «While there is general disagreement about the precise origin of the wave, most stories of the phenomenon’s origin suggest that the wave first started appearing at North American sporting events during the late 1970s and early 1980s.»

En français, c’est différent et pas plus probant : «Les avis divergent sur l’origine des olas. Elle semble être introduite à l’occasion d’un match universitaire de football américain au Michigan Stadium en 1983. L’année suivante, la première “vague” est signalée dans un stade de baseball de Ligue majeure à Détroit lors d’un match éliminatoire. / Le phénomène prend une notoriété planétaire lors de la Coupe du monde de football qui a lieu au Mexique en 1986. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle prend son nom espagnol de ola, alors que les Américains la nomment the Wave (the Mexican wave en anglais britannique).»

Compliquons un peu les choses et allons au théâtre avec Françoise de Graffigny, au XVIIIe siècle. Que font les spectateurs au parterre ? Voici ce qu’elle écrit dans une lettre à François «Panpan» Devaux : «Ils ont fait des ondes tant qu’ils ont pu. Il y avoit de la place de reste; cependant ils avoient resolu d’aplatir ceux qui touchoient l’orquestre, mais ils n’ont pas reussit car ils etoient aussi fort — et les ondes d’aller» (Correspondance de Madame de Graffigny, vol. I, p. 369).

Charlotte Simonin, qui cite ce passage, le commente en ces termes : «les spectateurs imitent le mouvement de la mer en ondulant comme des vagues» (p. 106).

Aujourd’hui, une vague; jadis, des ondes.

À votre service.

 

Illustration : La foule faisant la vague à la Coupe des confédérations à Francfort en 2005, photo déposée sur Wikimedia Commons

 

Référence

Simonin, Charlotte, «Le théâtre dans le théâtre ou le spectacle de la salle à travers la correspondance de Mme de Graffigny», Lumen. Travaux choisis de la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle. Selected Proceedings from the Canadian Society for Eighteenth-Century Studies, XXII, 2003, p. 103-116. https://doi.org/10.7202/1012261ar

Le zeugme du dimanche matin et d’Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, éd. de 2021, couverture

«Nous dinâmes dans un restaurant typique et une tension relative […].»

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, 2017, 224 p., p. 86-87. Édition de 2021, p. 74.

(Merci à @sbailly.)

 

[Complément du 27 décembre 2021]

L’Oreille tendue vient, à son tour, de lire ce texte et de s’en délecter. Elle y a repéré d’autres zeugmes : «Les deux hommes ne faisaient pas que partager un prénom et un diplôme […]» (p. 56); «Nous nous quittâmes et je rentrai chez moi, à pied, poussé par la forte pente et un moins fort chagrin […]» (p. 71); «je parcourus toute l’Italie sans le moindre problème ni direction assistée» (p. 98).

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, coll. «Le livre de poche», 36181, 2021, 189 p. Édition originale : 2017.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)