Le zeugme du dimanche matin et de Patrick Nicol

Patrick Nicol, J’étais juste à côté, 2022, couverture

«Quelqu’un a composé ça. Un homme, constitué des mêmes molécules que Pierre, et qui malgré ses moyens limités est arrivé à écrire cette musique, qui suppose pour son exposition l’effort conjugué de ces blonds, de ces bouclées, de tous ces muscles et de tout ce bois. Une œuvre.»

Patrick Nicol, J’étais juste à côté. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 176, 2022, 192 p., p. 140.

Le niveau baisse ! (2022)

«Quelqu’un — peu importe qui — fait une observation sur le français chez les jeunes et Jacques s’enflamme, Y a plus personne qui parle français comme du monde. Comment tu veux que les jeunes apprennent à écrire ?»

Source : Patrick Nicol, J’étais juste à côté. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 176, 2022, 192 p., p. 87.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

De quoi ?

Portrait d'Annie Ernaux par Niklas Elmehed, 2022

Le français du Québec connaît les sens de de quoi en français de référence : faute de quoi, il n’y a pas de quoi rire, etc.

S’ajoute à ces sens celui de quelque chose : «On fera de quoi en fin de semaine» (Françoise en dernier, p. 152); «Elle ouvre la bouche, se préparant à dire de quoi, mais n’y parvient pas» (J’étais un héros, p. 13).

Ce de quoi québécois peut aussi laisser entendre que l’on est touché : «Apprendre que le prix Nobel a été remis à Annie Ernaux, ça m’a fait de quoi.»

Il n’y a pas de quoi.

P.-S.—On ne confondra pas de quoi et de quessé.

 

Références

Bienvenu, Sophie, J’étais un héros. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2022, 161 p.

Grenier, Daniel, Françoise en dernier. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 16, 2018, 217 p.

Au corps

Sophie Bienvenu, J’étais un héros, 2022, couverture

Comment, dans le français populaire du Québec, exprimer qu’on ne sait pas ? Fouille-moi pourquoi.

Trois exemples, le premier journalistique, les deux autres, romanesques.

«Ils appellent ça, fouille-moi pourquoi, un centre d’achats de vie urbaine, en anglais lifestyle center» (la Presse, 7 janvier 2012, p. A5).

«Il tire une flûte de son sac d’école, il se trémousse pour faire oublier qu’il joue comme un pied, et fouille-moi pourquoi, les clients se ruent dans sa direction» (les Aurores montréales, p. 77-78).

«Fouille-moi pourquoi Miche trouve pertinent de me parler de son enfance de schnoutte, vingt-quatre heures après ma sortie de l’hôpital» (J’étais un héros, p. 19).

On voit aussi, tout simplement, fouille-moi : «Qu’est-ce que ce chien t’a dit, Pacha ? — Fouille-moi… Je ne parle pas caniche» (la Presse, 20 mai 2001).

Ce n’est pas plus clair.

 

Références

Bienvenu, Sophie, J’étais un héros. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2022, 161 p.

Proulx, Monique, les Aurores montréales. Nouvelles, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 85, 2016 (1996), 238 p.

Le zeugme du dimanche matin et de Gilles Marcotte

Gilles Marcotte, le Roman à l’imparfait, 1976, couverture

 

«La fraude est partout : dans la permission qu’il s’accorde d’accompagner Monsignore dans le lupanar ou d’entrer dans sa chambre et ses plus secrètes pensées, comme dans le vol de l’argent, de la femme, de l’amour, de la parole, de la mémoire.»

Gilles Marcotte, le Roman à l’imparfait. Essais sur le roman québécois d’aujourd’hui, Montréal, La Presse, coll. «Échanges», 1976, 194 p., p. 142.