Vieilles barbes

Bob Bissonnette, les Barbes des séries, 2012, pochette

La pratique est commune dans le monde du hockey : quand commencent les séries éliminatoires, des joueurs cessent de se raser. Ils arborent une barbe des séries. (Encore faut-il avoir de la barbe : les joueurs des Canadiens de Montréal, en 2026, ont eu du mal à faire exister la leur. Ils sont encore bien jeunes.)

La pratique est au moins centenaire : une caricature de 1926, reproduite par Don Weekes dans son livre Picturing the Game, l’évoque. «Abie Adenoid swore that he wouldn’t shave until Maroons won Stanley Cup» (p. 103, Abie Adenoid a juré qu’il ne se raserait pas tant que les Maroons n’auraient pas remporté la Coupe Stanley). Qui est cet «Abie Adenoid» ? L’Oreille tendue l’ignore, mais il ne semble pas qu’il s’agisse d’un joueur des Maroons.

La pratique est à transmettre aux jeunes générations, comme le fait Olivier Niquet dans Savais-tu ? Sport. Le hockey (2025) :

Savais-tu que les joueurs de hockey sont parfois superstitieux ? Sidney Crosby ne communique jamais avec sa mère les jours de match parce que ça lui porterait malheur. Patrick Roy, lui, parlait aux poteaux de son filet pendant les parties pour implorer leur aide. Durant les séries éliminatoires, certains se laissent même pousser une barbe. C’est la fameuse barbe des séries (p. 36-37).

La pratique est enfin musicale, comme le savent les fans de Bob Bissonnette.

 

Références

Niquet, Olivier, Savais-tu ? Sport. Le hockey, Montréal, Éditions Michel Quintin, 2025, 62 p. Illustrations d’Hugo G. L’Éclair.

Weekes, Don, Picturing the Game. An Illustrated Story of Hockey, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2023, xviii/390 p. Ill.

Double fièvre

Nous en avons déjà parlé : Guy Lafleur — c’est du hockey — a servi plusieurs fois de véhicule publicitaire.

En préparant un entretien (voir ici) avec Karim Benessaieh, du quotidien la Presse+, l’Oreille tendue a en trouvé un nouvel exemple.

Se demandant de quelle époque datait l’expression «la fièvre des séries» — dans la presse écrite, elle semble apparaître à la fin des années 1960 avant de devenir particulièrement populaire dans les années 1990 —, l’Oreille est tombée sur ceci, dans la Presse du 15 avril 1993 et des jours suivants.

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», publicité, 1993

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», recommande-t-on à Québec, la ville des Nordiques. Espérons que ce n’était pas du sirop de poteau.

P.-S.—L’expression «fièvre des séries» est venue concurrencer «fièvre du hockey», qui existe depuis au moins les années 1930. L’une et l’autre cohabitent aujourd’hui, mais la première prédomine, surtout au printemps — comme le sirop d’érable.

Les ligues mineures

Danielle Boulianne, Du hockey pee-wee puis non. Tome 6 de Bienvenue à Rocketville, 2014, couverture

Soit les phrases suivantes, tirées d’une entrevue disponible sur le site de Radio-Canada :

Les dirigeants chinois connaissent déjà monsieur Carney […] il a une très bonne réputation, pis moi je peux vous dire, parce que j’ai assisté à certaines des discussions entre monsieur Trudeau et le président Xi Jinping, il était perçu comme un pee-wee. Manifestement, il n’était pas au courant des développements en Chine, de la place que la Chine occupait sur la scène internationale.

Pee-wee, donc.

Dans l’univers sportif québécois, cette expression renvoie à une catégorie d’âge chez les petits et les petites. Nous avons déjà croisé des hockeyeurs de niveau pee-wee ici et .

Il n’est cependant pas question de hockey dans cette déclaration sur les relations sinocanadiennes. Justin Trudeau, aux yeux de l’expert cité, n’aurait pas été de calibre pour jouer dans les ligues majeures; il était tout juste bon à jouer avec les enfants, dans les ligues mineures. Ce n’était qu’un pee-wee.

À votre service.

P.-S.—Oui, c’est de la langue de puck.

P.-P.-S.—François Legault vient d’annoncer qu’il quittera sous peu son poste de premier ministre du Québec. Auparavant — c’était en octobre 2024 —, un de ses adversaires à l’Assemblée nationale du Québec, Étienne Grandmont, aura eu l’occasion de le traiter de «pee-wee». C’est ici.

 

Références

Boulianne, Danielle, Du hockey pee-wee puis non. Tome 6 de Bienvenue à Rocketville, L’île Bizard, Éditions du Phœnix, coll. «Œil-de-chat», 2014, 212 p. Illustrations de Jessie Chrétien.

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey. Édition revue et augmentée, Montréal, Del Busso éditeur, 2024, 159 p. Préface d’Olivier Niquet. Illustrations de Julien Del Busso. ISBN : 978-2-925079-71-2.

Melançon, Benoît, Langue de puck, édition revue et augmentée de 2024, couverture

Truculence de l’Oreille tendue

«Quelle est l’expression québécoise la plus truculente ?», la Presse+, 23 novembre 2025, manchette

«Quelle est l’expression québécoise la plus truculente ?» se demande la Presse+ du 23 novembre.

L’Oreille tendue tient à rassurer ses bénéficiaires : elle a déjà dit un mot des quatre expressions retenues.

Rien qu’à voir, on voit bien («Yinqu’à woèr, on woé ben !», en graphie folklorique)

Accrocher ses patins

Patente à gosse

Être habillé comme la chienne à Jacques

À votre service.

P.-S.—La semaine suivante, dans le même quotidien, des lecteurs offrent la leur. L’Oreille, sans être parfaite, continue à bien s’en tirer : rare comme de la marde de pape, le crayon le plus aiguisé de la boîte, avoir le cordon du cœur qui traîne dans la marde, les bottines doivent suivre les babines, assez fou pour mettre le feu, mais pas assez fin pour l’éteindre.

La maison du hockey

Publicité de Réno Dépôt et des Canadiens de Montréal, 2013

Plusieurs équipes de la Ligue nationale de hockey sont en reconstruction. La chose est plus complexe qu’il n’y paraît.

Pareille reconstruction suppose de travailler sur des bases solides. Or que faire si ces bases se dérobent ? Écoutons l’entraîneur des Canadiens de Montréal, cité dans la Presse+ du 16 septembre 2025 :

«La chose la plus difficile pour un jeune, a ajouté l’entraîneur-chef Martin St-Louis, c’est d’aller chercher de la constance. Cette année, c’est ça qu’il faut améliorer. Notre “bon” est “très bon”. On sait que ça ne sera pas comme ça tous les matchs. Mais peut-on monter notre plancher avec [une meilleure] constance ?»

Au-dessus, ça se passe comment ? Prenons une autre équipe, les Penguins de Pittsburgh :

Trois des meilleurs espoirs de l’organisation avant le repêchage de 2025, Rutger McGroarty, Ville Koivunen et Harrison Brunicke, n’ont pas un grand plafond, eux non plus (la Presse +, 6 septembre 2025).

Un plancher qui bouge. Un plafond trop petit. L’Oreille tendue ne confierait pas ses travaux de rénovation à des «hommes de hockey».

P.-S.—Oui, c’est de la langue de puck.

 

Référence

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey. Édition revue et augmentée, Montréal, Del Busso éditeur, 2024, 159 p. Préface d’Olivier Niquet. Illustrations de Julien Del Busso.

Melançon, Benoît, Langue de puck, édition revue et augmentée de 2024, couverture