Archives pour la catégorie Accent & prononciation

Fil de presse 016

Sans le moindre souci d’exhaustivité, quelques livres récents (2014 et 2015) en matière de langue…

A comme accent

Gendron, Jean-Denis, la Modernisation de l’accent québécois, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, 282 p.

A comme anglais

Jeener, Jean-Luc, Pour en finir avec la langue de Shakespeare, Neuilly, Atlande, 2014, 160 p.

Schifres, Alain, My taylor is rich but my français is poor, Paris, First, 2014, 144 p.

A comme argot

Delaplace, Denis, l’Argot dans le Vice puni, ou Cartouche de Grandval, Paris, Classiques Garnier, coll. «Classiques de l’argot et du jargon», 8, 2014, 365 p.

B comme bizarrerie

Bouleau, Fabian, Chienne de langue française. Répertoire tendrement agacé des bizarreries du français, Paris, Points, 2014, 192 p.

C comme classement

Godel, Rainer et Michèle Vallenthini (édit.), Classer les mots, classer les choses. Synonymie, analogie et métaphore au XVIIIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. «Rencontres», 100, série «Le dix-huitième siècle», 10, 2014, 376 p.

D comme dictionnaires

Chiflet, Jean-Loup, Dictionnaire amoureux de la langue française, Paris, Plon, 2014, 752 p.

Piselli, Francesca, Féraud versus Racine. Riflessioni sulla lingua, Rome, Aracne, coll. «Recherches sur toiles», 2014, 124 p.

Rey, Christophe, le Grand Vocabulaire françois (1767-1774) de Charles-Joseph Panckoucke, Paris, Honoré Champion, coll. «Lexica – Mots et dictionnaires», 27, 2014, 352 p.

E comme e muet

Borer, Alain, De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française, Paris, Gallimard, coll. «nrf», 2014, 352 p.

F comme francophonie

Tessier, Jules, Avant de quitter ces lieux, Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 221 p.

G comme grammaire (et comme Voltaire)

Vernier, Léon, Étude sur Voltaire grammairien et la grammaire au XVIIIe siècle, Genève, Slatkine reprints, 2014, 270 p. Réimpression de l’édition de Paris, 1888.

H comme histoire

Ayres-Bennett, Wendy et Thomas M. Rainsford (édit.), l’Histoire du français. État des lieux et perspectives, Paris, Classiques Garnier, coll. «Histoire et évolution du français», 2, 2014, 419 p.

H comme histoire culturelle

Gingras, Francis (édit.), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 2014 (3e édition), 476 p.

I comme idées (reçues ?)

Colombat, Bernard, Jean-Marie Fournier, Christian Puech (édit.), Histoire des idées sur le langage et les langues, Paris, Klincksieck, coll. «50 questions», 33, 2015 (2010), 280 p.

J comme jeunesse

Tardif, Benoit, Sport-O-Rama, Montréal, Comme des géants, 2014, 53 p. Ill.

M comme maladie

Chauvier, Éric, les Mots sans les choses, Paris, Allia, 2014, 128 p.

N comme nation

Vidal, Cécile (édit.), Français ? La nation en débat entre colonies et métropole (XVIe-XIXe siècle), Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, coll. «En temps & lieux», 51, 2014, 272 p.

O comme orthographe

Beaulieux, Charles, Histoire de l’orthographe française, Genève, Slatkine reprints, 2014, 534 p. Réimpression de l’édition de Paris, 1927-1967.

P comme purisme

Académie française, Dire, ne pas dire. Du bon usage de la langue française, Paris, Philippe Rey, 2014.

R comme Russie

Tesson, Sylvain, Ciel mon moujik ! Manuel de survie franco-russe, Paris, Points, 2014 (2004), 160 p.

S comme sens

Choinière, Olivier (édit.), 26 lettres. Abécédaire des mots en perte de sens, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 02, 2014, 125 p.

(L’Oreille tendue a parlé de ce livre ici.)

T comme traduction

Chevrel, Yves, Annie Cointre et Yen-Maï Tran-Gervat (édit.), Histoire des traductions en langue française, XVIIe-XVIIIe siècles (1610-1815), Lagrasse, Verdier, 2014, 1376 p.

U comme universalité

Rivarol, De l’universalité de la langue française, Paris, Flammarion, coll. «GF-Flammarion», 2014 (1784). Présenté par Dany Laferrière.

V comme variation

Farina, Annick et Valeria Zotti (édit.), la Variation lexicale des français. Dictionnaires, bases de données, corpus. Hommage à Claude Poirier, Paris, Honoré Champion, coll. «Lexica – Mots et dictionnaires», 28, 2014, 368 p.

Dinde, d’Inde ou dingue

Sur Twitter, @revi_redac, lisant David Desjardins dans le Devoir du 22 novembre, a ce commentaire : «Codinde : J’ai toujours trouvé ce mot très drôle ! Merci à @DesjardinsDavid de faire ressurgir ce grand oublié.»

Elle reproduit l’image suivante, qui donne la définition du mot.

Dans son Dictionnaire de la langue québécoise (1980), Léandre Bergeron reprend la même étymologie, la même définition et la même prononciation (p. 147-148).

L’Oreille tendue, elle, a le clair souvenir d’avoir entendu la prononciation codingue. De stupide à dingue, la langue n’a qu’un pas à franchir.

 

[Complément du 11 décembre 2014]

Sur codingue, voir le blogue de Jacques Lanciault.

 

Référence

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Billet (un brin) irrité du mardi matin

Profession oblige, l’Oreille tendue participe à des colloques et séminaires avec des collègues français. Elle en tire (parfois) profit : la question n’est pas là.

Elle est dans l’imaginaire de la langue au Québec à l’œuvre chez certains de ces collègues.

Le cas le plus patent est celui des collègues qui s’excusent fréquemment d’utiliser des termes dont ils pensent que les Québécois les utilisent peu (ou pas). Qu’ils se rassurent : nous n’avons pas besoin de sous-titres pour mél (courriel) ou pour podcast (baladodiffusion). Qu’ils se rassurent, bis : aucun commando ne viendra les obliger, Antidote au poing, à changer leur façon de parler. Ces collègues peuvent bien utiliser les mots qu’ils veulent. Les Québécois feront de même. Les uns et les autres arriveront à se comprendre, sans avoir à s’excuser de leurs particularismes.

Cela suppose que les collègues français reconnaissent l’existence de courriel et de baladodiffusion; c’est tout. Ils ne sont donc pas tenus, en outre, d’afficher leurs préjugés («Personne ne dit ça») ni leur ignorance (on dirait ceci ou cela «en québécois», alors que «le québécois» ou «la langue québécoise» n’existe pas).

L’autre cas récurrent est celui de l’accent. Oui, les Québécois ont un accent. Les Français aussi. Leurs collègues québécois ne passent pourtant pas leur temps à le leur faire remarquer. (Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a que les muets qui n’ont pas d’accent.)

En 2001, Jean-Marie Klinkenberg posait ce diagnostic (amusé) dans la Langue et le citoyen :

Un Francophone, c’est d’abord un sujet affecté d’une hypertrophie de la glande grammaticale; quelqu’un qui, comme Pinocchio, marche toujours accompagné d’une conscience, une conscience volontiers narquoise, lui demandant des comptes sur tout ce qu’il dit ou écrit (p. 26).

Un conscience, c’est assez. Deux, c’est une de trop.

P.S.—Oui, merci : l’Oreille se sent mieux.

 

[Complément du 27 novembre 2014]

Un lecteur de l’Oreille, doctorant de son état, lui écrit ceci :

Un petit mot de réaction concernant votre billet irrité de mardi pour ajouter mon exaspération à la vôtre. Présentement en séjour de recherche à Paris, je ne dénombre plus ces constantes marques à la fois d’ignorance et de fausse supériorité. Mention spéciale à un professeur parisien m’ayant demandé comment on prononçait, en québécois, le nom de Mikhaïl Bakhtine. Ou encore ce professeur qui, pendant une pause de colloque, est venu, tout sourire, me dire qu’il avait apprécié ma communication, même s’il n’avait pas tout compris à cause de mon accent. Dans le monde universitaire français, il me semble d’ailleurs que la question de l’accent s’inscrit plus largement dans une sorte de dénigrement de convention (tout comme les Québécois, les Belges et les francophones d’Afrique, notamment, sont aussi l’objet de cette dévalorisation par l’accent).

 

Référence

Klinkenberg, Jean-Marie, la Langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «La politique éclatée», 2001, 196 p.

Je me souviens…

…que mon grand-père disait «slices» pour «sandwichs». (Et pourtant je parle encore français.)

…que la fille d’une de mes amies parisiennes a maîtrisé le subjonctif avant d’être propre. (Et cette amie racontait cela non sans fierté.)

…que mon professeur de latin, au secondaire, nous a plusieurs fois expliqué «le cas de bedon» (comme dans «oubedon» : ou bien).

…qu’une jeune Française déplorait devant moi la faiblesse du français québécois, dans une phrase où elle utilisait «lequel que».

…qu’un Américain, débarqué en France pour y parfaire son français, est entré dans un restaurant, qu’il a demandé du bacon en prononçant le mot à la française («bakon» et pas «békeune») et qu’on a ri de lui. (Et il n’a pas mangé pendant deux jours.)

…que j’ai longtemps prononcé «Salaberry» à l’anglaise. (Et qu’un de mes potes parlait des Éditions «Albinne Mitchel».)

…qu’à Bangkok j’ai découvert ce qu’était véritablement le dépaysement linguistique. (Je ne comprenais rien du tout.)

…qu’il m’est déjà arrivé d’utiliser, en exposé universitaire, «ça l’a». (Je n’ai plus recommencé.)