Souvenir poétiquement réactivé

Maxime Catellier, Mont de rien, 2018, couverture

De 1982 à 1999, Ronald Corey a été le président des Canadiens de Montréal — c’est du hockey.

Un jour, dans une entrevue en anglais, il a utilisé une expression courante du français québécois, sans même sans s’en apercevoir : faque. Il ne l’a ni traduite ni expliquée. L’Oreille tendue — allez savoir pourquoi — n’a jamais oublié cette manifestation involontaire d’alternance codique.

C’est, entre autres choses, à Ronald Corey que l’Oreille a pensé en lisant Mont de rien (2018). Dans ce Roman en trois périodes et deux intermèdes, selon le sous-titre, mais rédigé presque au complet en vers, Maxime Catellier utilise au moins huit fois l’expression «fait que», par exemple dans «à l’école je m’ennuie / parce que j’ai appris à lire / trop vite / fait que je lis / pendant que les autres / apprennent à lire» (p. 53).

Ce «fait que» pourrait être remplacé par «ce qui fait que», voire, plus simplement, par «donc». À l’oral, comme chez Ronald Corey, il devient souvent «faque».

Voilà.

P.-S.—Oui, en trois périodes, avec une prolongation…

Référence

Catellier, Maxime, Mont de rien. Roman en trois périodes et deux intermèdes, Montréal, L’Oie de Cravan, 2018, 123 p.

L’oreille tendue de Christophe Bernard

Christophe Bernard, la Bête creuse, 2017, couverture«François a tendu l’oreille. Même accent de Yankee. Il en avait la chair de poule sous son veston, et pas parce que le tweed en était encore humide.»

Christophe Bernard, la Bête creuse, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p., p. 162.

Ôtez-vous de là !

Panneau «Interdit de klaxonner»Le klaxon — dont on se souviendra qu’il s’agit d’une antonomase — existe évidemment dans le français du Québec. L’Oreille tendue — attention : aveu devant — aime assez se servir du sien.

Notons cependant trois choses.

Ce substantif rime, au Québec, avec Boston (prononcé -ton), et non pas avec Washington (prononcé -tonne) : clacson, donc, et non clacseunne (selon le Wiktionnaire) ou clacsonne (chez la Jeanne Cherhal de «Bingo», en 2014).

(Non : Boston ne rime pas, ici, avec Washington, mais c’est une autre histoire.)

Il peut avoir pour synonyme criard : «Le char louvoyait contre une lame de fond que le camion, le criard collé, venait de soulever en se tassant juste à temps» (la Bête creuse, p. 136).

À l’usine du père de Martine Sonnet, «On disait plutôt klaxon que sirène» (Atelier 62, p. 75).

Ce sera tout pour aujourd’hui.

Illustration disponible sur Wikimedia Commons

Références

Bernard, Christophe, la Bête creuse, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p.

Sonnet, Martine, Atelier 62, Cognac, Le temps qu’il fait, coll. «Corps neuf», 1, 2009 (2008), 193 p. Ill.

Variations sur le casque

Casques de football miniatures

Soit la phrase suivante, tirée du roman la Bête creuse (2017) :

«Un casque de bain gueulait, proche de la vitre, dans son casque de moto» (p. 127).

Ce casque de bain occupe, tel le tata d’hier, un des barreaux inférieurs de l’échelle de la bêtise. Oui, il s’agit d’un être humain. (Pas le casque de moto.)

Le français du Québec connaît d’autres usages populaires du casque.

Qui se fait parler dans le casque ne l’apprécie généralement pas : on se fait alors dire ses quatre vérités, rabrouer, voire crier dessus. Cela peut être partagé, comme chez la dramaturge Anne-Marie Olivier :

«Si t’es pas capable de te servir de ta tête, sers-toi de tes muscles, juste de tes muscles, pis après tout ça, on va se parler, on va se parler dans ‘face, on va se parler dans l’cass’, parce que le pire dans tout ça, c’est que je t’haïs pas, gros cave — mais arrête. Arrête d’avoir peur de tout ce qui est pas toi (Venir au monde, p. 54).

Qui en a plein son casque en a assez, marre et jusque-là. Exemples ici.

P.-S.—On notera que casque se prononce volontiers cass.

P.-P.-S.—Du groupe musical Avec pas d’casque, il a jadis été question .

Références

Bernard, Christophe, la Bête creuse, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p.

Olivier, Anne-Marie, Venir au monde, précédé d’un «Mot de la metteure en scène», Véronique Côté, suivi de «Contrepoint. Tenir bon», par Catherine-Amélie Côté, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 14, 2017, 101 p.

Aide-mémoire du jour

Portrait d’Émile Littré par Armand Vaché, c. 1875 - c. 1900L’Oreille tendue, à ses heures, aime à se considérer comme un service public. Voilà pourquoi, à la demande générale (n=0), elle a regroupé un certain nombre de collocations utiles, sous forme de tableau, évidemment perfectible. Ne la remerciez pas.

P.-S.—Ce n’est pas la première fois, en effet, que l’Oreille s’intéresse à pareilles associations.

Illustration : portrait d’Émile Littré par Armand Vaché, c. 1875 – c. 1900, Rijksmuseum, Amsterdam

accentsavoureux
violenteagression
ambiancefestive
arrêtspectaculaire
véritablearsenal
avioncloué au sol
bombardementen règle
budgetélectoraliste
muet comme unecarpe
chaleuraccablante
chuterlourdement
simplecitoyen
conceptdéjanté
résolumentcontemporain
vivecontroverse
crimemorbide
cynismeambiant
découvertemacabre
défaiteamère
déficitabyssal
dilemmecornélien
dilemmeshakespearien
frêleesquif
faunebigarrée
forcesvives
froidsibérien
profondehumanité
indifférencela plus grande
rareintensité
machinebien huilée
médailleraflée
résolumentmoderne
observateurperspicace
personnelaffable
pluiediluvienne
projetstructurant
rapportaccablant
rapportdévastateur
rapiderecherche sur Google
grandretour
retraitebien méritée
rirerabelaisien
scèneprise d’assaut
sévèremais juste
silenceoppressant
élan desolidarité
vague desolidarité
finstratège
francsuccès
systèmeà la con
derniertabou
témoinprivilégié
températureclémente
thébrûlant
tollégénéral
tomberlourdement
lourdtribut
vacancesbien méritées
véritécriante
victoireconvaincante
voixsuave
vueimprenable
vueà couper le souffle