Oxymores citadins

Grâce, notamment, à un informateur québecquois, l’Oreille tendue a eu l’occasion de se pencher, ici, et ailleurs, sur l’obsession de l’urbain qui nous entoure.

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin (urbain).

Rue Saint-Jean, dans la bonne ville de Québec, il y aura bientôt une cabane urbaine; ce sera un café-resto. On rêve de le jumeler à l’érablière urbaine de l’arrondissement de Saint-Laurent, sur l’île de Montréal. Les grands esprits ne se rassemblent-ils pas ?

P.-S. — Curiosité : le même bureau, rue Amherst à Montréal, fait syndic de faillite, comptabilité et… «maison urbaine» (en l’occurrence, des maisons de retraite pour gais).

Chronique ornithologique

Soit la phrase suivante : «Après le CHUM [Centre hospitalier de l’Université de Montréal], la liaison ferroviaire entre [l’aéroport] Dorval et le centre-ville, le TGV [Train grande vitesse], alouette, la résignation ronchonneuse est devenue le trait distinctif des Québécois» (la Presse, 14 juillet 2010, p. A3).

Que vient faire là, près des trains, d’un aéroport et d’un hôpital, ce «Petit oiseau à plumage gris ou brunâtre» (le Petit Robert) ? Réponse : le mot alouette, au Québec, peut être synonyme d’etc.

Comment en est-on arrivé à cette équivalence ? Par la chanson traditionnelle, évidemment :

Alouette, gentille alouette,

Alouette, je te plumerai.

[…]

Je te plumerai les pattes (bis)

Et le dos (bis)

Et les ailes (bis)

Et le cou (bis)

Et la tête (bis)

Et les yeux (bis)

Et le bec (bis)

Alouette (bis) ah

Le monde à l’envers

S’il faut en croire Masha Bell, l’auteure de Learning to Read et Rules and Exceptions of English Spelling, les enfants britanniques auraient du mal à apprendre… l’anglais, à cause de sa graphie incohérente. Le Telegraph rapporte ses propos dans son édition du 8 juillet 2010 : «She [says] that English employs 185 “unreliable” spellings for just 44 speech sounds. Words such as too, true, who, flew, shoe and you all employ different letters to represent the same sound […].» (Elle n’est pas la première à s’aviser de pareilles incohérences.) Voilà la cause de la faiblesse scolaire («educational underachievement») et professionnelle des sujets d’Élisabeth II, et de leur forte fréquentation de la… prison.

On dit pourtant à l’Oreille tendue depuis toute petite que l’anglais domine le monde à cause de la facilité de son apprentissage. Aurait-elle été mal informée ?

La société du loisir

Ça brasse à Belfast. Parmi les manifestants, des enfants de moins de dix ans. Que font-ils là ? Matt Baggott, le chef de la police d’Irlande du Nord, parle d’«émeutes récréatives» (le Devoir, 15 juillet 2010, p. A5). En anglais, à la radio anglaise de Radio-Canada, hier : «recreational rioting».

On s’amuse comme on peut.

Âme nordique

C’est affaire de latitude : les Québécois seraient proches des Scandinaves. Cela explique peut-être pourquoi ils aiment tant les sagas.

Une fois de plus, celle des wagons de métro de Montréal retient l’attention. Dans deux journaux, le même texte, une lettre d’opinion, sous des titres différents : «Pourquoi cette saga ?» (la Presse, 14 juillet 2010, p. A14); «La saga des voitures de métro» (le Devoir, 14 juillet 2010, p. A7). À la radio de Radio-Canada, le même jour : «cette saga-».

On a les grands récits qu’on mérite.