Adoptez-les !

Sur le site Save the Words, la filiale des dictionnaires d’Oxford University Press vous propose d’adopter un mot menacé de disparition. Explication :

Save the Words

Le site est spectaculaire, drôle, plein de conseils utiles. Pour l’instant, ça n’existe qu’en anglais.

Merci à Jean-François Pitet d’avoir signalé cela sur son blogue.

Du texto et de ses effets linguistiques, bis

Le texto annonce-t-il la mort de la maîtrise de l’orthographe ? Pas en anglais, si l’on en croit une équipe de chercheurs du Canada.

Written communication in instant messaging, text messaging, chat, and other forms of electronic communication appears to have generated a «new language» of abbreviations, acronyms, word combinations, and punctuation. In this naturalistic study, adolescents collected their instant messaging conversations for a 1-week period and then completed a spelling test delivered over instant messaging. We used the conversations to develop a taxonomy of new language use in instant messaging. Short-cuts, including abbreviations, acronyms, and unique spellings were most prevalent in the instant message conversation, followed by pragmatic signals, such use of emoticons, emotion words, and punctuation, and typographical and spelling errors were relatively uncommon. With rare exceptions, notably true spelling errors, spelling ability was not related to use of new language in instant messaging. The taxonomy provides an important tool for investigating new language use and the results provide partial evidence that new language does not have a harmful effect on conventional written language.

La conclusion est claire : «spelling ability was not related to use of new language in instant messaging» (la compétence en épellation n’était pas liée à l’utilisation d’un nouveau langage dans la communication instantanée).

Il n’y a pas de raison de penser que la situation serait différente en français.

Référence

Varnhagen, Connie K., G. Peggy McFall, Nicole Pugh, Lisa Routledge, Heather Sumida-MacDonald et Trudy E. Kwong, «lol: new language and spelling in instant messaging», Reading and Writing, mai 2009.

Citation géographique du jour

Jean Echenoz, Je m'en vais, 1999, couverture

«Vous allez sur Toulouse ? Lui demande Baumgartner.

La jeune femme ne répond pas tout de suite, son visage n’est pas bien distinct dans la pénombre. Puis elle articule d’une voix monocorde et récitative, un peu mécanique et vaguement inquiétante, qu’elle ne va pas sur Toulouse mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent, que rien ne justifie cela qui s’inscrit en tout cas dans un mouvement général de maltraitance de la langue contre lequel on ne peut que s’insurger, qu’elle en tout cas s’insurge vivement contre, puis elle tourne ses cheveux trempés sur le repose-tête du siège et s’endort aussitôt. Elle a l’air complètement cinglée.»

Jean Echenoz, Je m’en vais, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 252 p., p. 194.

 

[Complément du 29 mars 2018]

Lecture du jour : «Ce site web prend la forme d’archives ouvertes traitant des sciences de l’ingénieur et regroupant divers articles, chapitres d’ouvrages, comptes-rendus [sic] de conférences ainsi que des sujets de thèse traités dans ce domaine sur Toulouse» (source).

Rebondir

Expression prisée en rhétorique universitaire : Je vais rebondir sur ce que mon collègue vient de dire. Signe supposé d’une pensée cabriolante. A l’avantage de dispenser d’une argumentation logique.

 

[Complément du 22 avril 2015]

Il y un équivalent dans la langue de Shakespeare : to riff off. Le mot viendrait du vocabulaire du jazz.

 

[Complément du 4 mai 2015]

On peut y aller avec tout son corps : on rebondit soi-même.

On peut être plus économe de ses mouvements et se contenter de prendre la balle au bond.

 

[Complément du 28 mai 2015]

On dirait bien que rechercheisidirore.fr a trouvé le bouton parfait pour l’Oreille tendue.

Le bouton Rebondir du site rechercheisidore.fr

 

[Complément du 31 janvier 2018]

Le 16 mars 2011, Jean Echenoz présentait l’œuvre de Raymond Roussel au public de la Bibliothèque nationale de France. Vers la 31e minute de la captation vidéo de son intervention, il déclare «J’aime pas le verbe rebondir.» Merci.

Une langue pleine de ressources, bis

L’Oreille tendue déjà eu l’occasion de noter combien l’usage du mot ressource est devenu généralisé.

Nouvelle manifestation du fléau dans le Devoir du 7 octobre. On y apprend qu’il existe depuis 2001 une Fédération des ressources intermédiaires jeunesse du Québec; elle dénonce vertement l’«Immobilisme de la ministre Thériault» (p. A3).

Que font ces ressources ? Elles hébergent et elles soutiennent : «Près de 800 jeunes au Québec, placés selon la Loi de la protection de la jeunesse, sont hébergés et soutenus par les ressources intermédiaires jeunesse.» Les caractères gras sont de la FRIJQ.

Son souhait ? Combattre «la présense d’un système à deux vitesses», dénoncer «une situation d’iniquité salariale» (avec caractères gras) et permettre «à l’État d’économiser des dizaines de millions de dollars» (sans). La FRIJQ met elle-même la main à la pâte : elle économise les articles et autres mots de transition (entre «intermédiaires» et «jeunesse»).