En 2025, Robert Lalonde publiait, chez Boréal, une correspondance fictive entre lui et… Gustave Flaubert, L’imagination que donnent les vraies tendresses.
L’Oreille tendue rend compte aujourd’hui de ce roman pour le Centre Flaubert de Rouen.
« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).
En 2025, Robert Lalonde publiait, chez Boréal, une correspondance fictive entre lui et… Gustave Flaubert, L’imagination que donnent les vraies tendresses.
L’Oreille tendue rend compte aujourd’hui de ce roman pour le Centre Flaubert de Rouen.
«Notre Lituanien est aide-boulanger aux Arena Bakeries; il a aménagé la cave; il s’y tient tranquille avec sa femme, qui ne parle pas un mot de bilingue, ses deux enfants, universitaires, la tuyauterie et les entrelacs de l’électricité» (p. 1057).
«On est sortis du restaurant, mais pas de l’exploitation éhontée dont on a été victimes» (p. 1059).
«On tremble, on perd la carte, les pédales, la boule, et toute l’eau de notre corps par nos aisselles : ça glisse, glacé, jusque sur nos reins» (p. 1060).
«J’ai fait le café, Nicole les toasts et Catherine la conversation» (p. 1195).
«Je propose que j’y aille tout seul, que Nicole reste pour prendre soin d’elle [Catherine], lui faire du café, des toasts, des compliments» (p. 1197).
«Non; il rigole; il aime les belles grandes filles qui ont du caractère et des mamelons durs qui pointent à travers leur T-shirt» (p. 1204).
Réjean Ducharme, l’Hiver de force. Récit, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 1033-1221. Édition originale : 1973. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.
P.-S.—On ne peut rien vous cacher. Nous avions déjà croisé quelques-uns de ces zeugmes : un, deux, trois, quatre.
P.-P.-S.—Ne perdons jamais de vue l’immense fortune titrologique de ce roman.
(Une définition du zeugme ? Par là.)
La scène, tirée du roman Amiante (2024), de Sébastien Dulude, se déroule dans un autobus scolaire au printemps 1986.
Binette crachait des noyaux de merises dans les vitres ouvertes des autos qu’on dépassait. Il portait un chandail des Canadiens de Montréal, celui de Claude Lemieux, le fougueux 32. Binette prédisait la coupe demain soir pour les Canadiens. Le petit Poulin maugréait : Michel Goulet et sa troupe bleue avaient fini premiers de la division pour être éliminés au premier tour par les Whalers. Puis, c’est le 32 lui-même qui avait envoyé les Whalers en vacances, en prolongation; son dixième but des séries la veille avait rapproché les Canadiens d’une vingt-troisième coupe Stanley. Le petit Poulin avait juré qu’il n’écouterait aucune partie des Canadiens, même en finale. Moi, mon joueur c’était Petr Svoboda, le 25, mais il y avait aussi Stéphane Richer, Patrick Roy, sûrement la recrue de l’année, Naslund, Smith, Chelios, Carbonneau ! Je me disais que si on ne gagnait pas la coupe cette année, on allait certainement la gagner l’année suivante. Le soir, j’écoutais la première période du match avec mon père, en silence, et après je devais aller me coucher. Filer doux, comme il disait. J’apprenais le résultat le matin, à la radio (p. 40-41).
Claude Lemieux est mort hier.
Référence
Dulude, Sébastien, Amiante, Saguenay, La Peuplade, 2024, 209 p. Ill.
L’Oreille tendue aime vous entretenir du mot poche (voir ici, là, là encore).
Ajoutons un verbe à notre collection :
Des collègues regrettaient l’époque où les élèves faibles se répartissaient entre les distraits, les paresseux et les poches, catégories qui ne demandaient au pédagogue aucune adaptation. Les distraits avaient avantage à se concentrer, les paresseux à se botter le cul, les poches pochaient. Sélection naturelle (p. 51-52).
Les mauvais élèves échouaient. Pocher est le mot du jour.
À votre service.
Référence
Nicol, Patrick, la Sélection naturelle. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 206, 2026, 190 p.
«Le lion et le tigre ne communiquent avec personne.
Ils marchent côte à côte, loin, ruminant quelque feuille.
Si ce n’est quelque plan infernal, quelque idée démone.»
Réjean Ducharme, la Fille de Christophe Colomb, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 841-1032, p. 1009, chapitre 169. Édition originale : 1969. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.
(Une définition du zeugme ? Par là.)