Sage conseil médiatique du jour

Julia Deck, Sigma, 2017, couverture«Fais quand même attention à ne pas devenir l’expert de service. Un de ces types qu’on voit vieillir sur les plateaux de télévision, trimballant toujours la même idée.»

Julia Deck, Sigma, Paris, Éditions de Minuit, 2017, 233 p., p. 65.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 29 janvier 2018.

L’oreille tendue de… Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, 2018, couverture«André et lui s’étaient croisés deux ou trois fois dans des dîners parisiens, un homme onctueux aux mains légères et expressives, une voix si douce qu’il fallait parfois tendre l’oreille.»

Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, Paris, Albin Michel, 2018. Édition numérique : iBooks.

L’oreille tendue des… Goncourt

Portrait des Goncourt par Vallotton«Sur les boulevards, on voit les hommes, les femmes interroger de l’œil la figure qui passe, tendre l’oreille à la bouche qui parle, inquiets, anxieux, effarés.»

Edmond et Jules de Goncourt, Journal, 22 août 1870, dans Journal. Tome 2, 1864-1878, texte intégral établi et annoté par Robert Ricatte, Paris, Flammarion, 1959, 1277 p., p. 583.

Illustration : portrait des Goncourt par Félix Vallotton tiré du Livre des masques (vol. II, 1898) de Rémy de Gourmont, disponible sur Wikimedia Commons

Métier du jour

Georges Perec, la Vie mode d’emploi, couverture

«Cinoc, qui avait alors une cinquantaine d’années, exerçait un curieux métier. Comme il le disait lui-même, il était “tueur de mots” : il travaillait à la mise à jour des dictionnaires Larousse. Mais alors que d’autres rédacteurs étaient à la recherche de mots et de sens nouveaux, lui devait, pour leur faire de la place, éliminer tous les mots et tous les sens tombés en désuétude.

Quand il prit sa retraite, en mille neuf cent soixante-cinq, après cinquante-trois ans de scrupuleux services, il avait fait disparaître des centaines et des milliers d’outils, de techniques, de coutumes, de croyances, de dictons, de plats, de jeux, de sobriquets, de poids et de mesures; il avait rayé de la carte des dizaines d’îles, des centaines de villes et de fleuves, des milliers de chefs-lieux de canton; il avait renvoyé à leur anonymat taxinomique des centaines de sortes de vache, des espèces d’oiseaux, d’insectes et de serpents, des poissons un peu spéciaux, des variétés de coquillages, des plantes pas tout à fait pareilles, des types particuliers de légumes et de fruits; il avait fait s’évanouir dans la nuit des temps des cohortes de géographes, de missionnaires, d’entomologistes, de Pères de l’Église, d’hommes de lettres, de généraux, de Dieux & de Démons.»

Georges Perec, la Vie mode d’emploi, Paris, Hachette, coll. «Le livre de poche», 5341, 1982 (1978), 695 p., p. 361-362.

L’oreille tendue de… Jules Verne

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, 1864, couverture

«Nous avançâmes ainsi jusqu’à vingt heures, dans notre immense prison de pierre. Hélas, nous ne trouvâmes aucune source. La soif était devenue de plus en plus insupportable. Je souffrais terriblement. Et mon oncle eut beau tendre l’oreille, il n’entendit pas couler du rocher la moindre goutte d’eau. Bientôt, je ne sentis plus mes jambes. Je parvins malgré tout à dissimuler encore un peu mon épuisement… Mais inévitablement vint le moment où mes forces me lâchèrent tout à fait.»

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, 1864, chapitre 11.