Accouplements 180

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Comment faire pour s’y retrouver dans les mesures sanitaires en temps de pandémie ? Plusieurs réponses ont été offertes récemment à cette question. En voici trois, deux pour le Québec, l’autre pour la France.

Celle de @garneaus :

 

Celle du caricaturiste André-Philippe Côté :

Caricature d’André-Philippe Côté, la Presse+, 6 décembre 2022

 

Celle de @neguentropique :

 

À votre service.

Accouplements 178

Portrait d’Yvon Deschamps

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Deschamps, Yvon, «L’argent», monologue, 1969.

«Toute la famille on a tout l’temps travaillé, inque ma mère qui travaillait pas. C’est pas d’sa faute : avait trop d’ouvrage

Théâtre des cuisines, Môman travaille pas, a trop d’ouvrage !, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1976 et 2020.

Le Tellier, Hervé, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, coll. «Le livre de poche», 36181, 2021 (2017), 189 p. Ill.

«Amélie Leitner, “Mamie” pour moi et mes cousins, était une femme douce et effacée, d’un dévouement total à son mari, ses filles et ses petits-enfants. Mamie assurait le ménage, la vaisselle, le repassage, les courses, la cuisine, souvent elle m’emmenait à l’école et venait m’y chercher : elle n’a donc jamais travaillé» (p. 35).

Accouplements 77

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Dans le Désordre azerty (2014), Éric Chevillard écrit ceci :

«Le milliardaire acquiert une île, puis il y fait creuser une piscine aussi longue et large qu’elle» (p. 59).

Le magazine The New Yorker vient de mettre en ligne cette caricature :

Caricature, The New Yorker, numéro du 7 novembre 2016

Certaines îles sont plus difficiles à occuper que d’autres.

P.-S. — Oui, c’est la troisième fois que l’Oreille tendue cite la phrase de Chevillard, après le 28 mars 2015 et le 3 novembre 2016.

 

Référence

Chevillard, Éric, le Désordre azerty, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 201 p.

(Auto)censure à la dinde

Logo de l’émission de radio The Vinyl Cafe

À la mémoire de Butch

L’Oreille tendue a une confession à faire : elle aime Stuart McLean, son émission de radio, The Vinyl Cafe, ses spectacles, ses livres. (Elle s’étonne de ne pas avoir fait cet aveu plus tôt, sinon allusivement.)

Parmi les histoires de ce conteur, «Dave Cooks the Turkey» est une des plus populaires. En décembre, elle est rediffusée presque tous les ans depuis sa création en 1996. On y suit les aventures, en quelque culinaire sorte, de Dave et de la dinde qu’il a oublié de préparer pour le repas familial de Noël, Butch. C’est hilarant.

Tout allait bien jusqu’à l’an dernier, quand des défenseurs des animaux ont écrit massivement à McLean pour se plaindre de la façon dont l’auteur parlait de la… dinde. Il aurait fait preuve d’insensibilité envers elle, notamment en utilisant l’adjectif «abused» pour la décrire. En 2015, après de longues discussions avec sa productrice de Radio-Canada, Jess Milton, il a décidé de retirer trois phrases du conte, jugées offensantes, au moment de sa rediffusion.

Nouvelle levée de boucliers : les fervents admirateurs de «Dave Cooks the Turkey» refusaient, tout aussi massivement que ses détracteurs, voire plus, que l’on touche à ce «classique».

Que faire en 2016 ? Après de nouvelles discussions avec sa productrice et des échanges soutenus sur la page Facebook de l’émission, McLean a décidé de revenir à la version intégrale du conte. Il s’en explique longuement dans la livraison du 19 décembre de sa baladodiffusion, «Talking Turkey», avant de rediffuser cette demande spéciale de ses auditeurs.

Vous devriez aller écouter cela. D’une part, cela vous fera rire. D’autre part, vous aurez une fois de plus la démonstration que le ridicule ne tue pas (les censeurs).

P.-S. — Dans un de ses livres, Écrire au pape et au Père Noël, l’Oreille évoque très brièvement un des contes épistolaires de McLean.

Écrire au pape et au Père Noël, 2011, couverture

Accouplements 34

Mordecai Richler, Barney’s Version, 1997, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux textes d’horizons éloignés.)

C’était mal vu de la mère du chroniqueur Pierre Foglia :

À la table, au grand désespoir de son épouse, [le père de Pierre Foglia] garde son béret et sifflote, bras croisés, bien appuyé sur le dossier, heureux malgré tout (Foglia l’Insolent, p. 21).

C’était mal vu de la mère de la seconde deuxième femme de Barney Panofsky, «the second Mrs. Panofsky», le personnage de Mordecai Richler :

«And, whatever you do, no whistling at the table. Absolutely no whistling at the table. She can’t stand it

«But I’ve never whistled at the table in my life

[…]

In fact, my behaviour was four-star exemplary until she told me how she had adored Exodus, by Leon Uris, and, all at once, I began to whistle «Dixie».

«He’s whistling at the table.»

«Who ?» I asked.

«You

«But I never. Shit was I ?»

«He didn’t mean to, Mother

«I apologize», I said, but when the coffee came I was so nervous I found myself suddenly whistling «Lipstick on Your Collar», one of that year’s hit numbers, stopping abruptly. «I don’t know what’s got into me» (Barney’s Version, p. 197).

Siffler, c’est parfois plus fort que soi.

 

Références

Bernier, Marc-François, Foglia l’Insolent, Montréal, Édito, 2015, 383 p.

Richler, Mordecai, Barney’s Version. With Footnotes and an Afterword by Michael Panofsky, Toronto, Alfred A. Knopf, 1997, 417 p. Paru en français sous le titre le Monde de Barney. Accompagné de notes et d’une postface de Michael Panofsky, Paris, Albin Michel, coll. «Les grandes traductions», 1999 (1997), 556 p., traduction de Bernard Cohen.