La clinique des phrases (iiii)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit cette dépêche d’agence :

Le plus jeune évêque d’Espagne ne pourra plus exercer ses fonctions à la suite de son mariage avec une femme qui s’avère être autrice de romans érotico-sataniques, a annoncé samedi la Conférence épiscopale espagnole (CEE) sur son site internet.

D’une part, l’Oreille, pour rester polie, trouve la tournure «s’avérer être» un brin pléonastique. D’autre part, pour être «autrice», il vaut mieux être femme, non ?

D’où :

Le plus jeune évêque d’Espagne ne pourra plus exercer ses fonctions à la suite de son mariage avec une autrice de romans érotico-sataniques, a annoncé samedi la Conférence épiscopale espagnole (CEE) sur son site internet.

À votre service.

Pénurie de conjugaison

Les premières fois que l’Oreille s’est tendue devant ce qui semble un usage de plus en plus commun, c’était à la radio : «Vous dire que nous nous entretiendrons avec XYZ dans trente minutes.»

Puis ce fut sur Twitter :

 

Enfin, c’est dans la presse :

«Quel soulagement ! Et vous dire à quel point ce fut un plaisir de parler avec Beigbeder de notre fascination commune pour le roman The Catcher in the Rye et de découvrir l’écrivain généreux et sympathique qu’il est derrière son personnage» (la Presse+, 3 juillet 2021).

«Patricia Wenzel est à la fois enchantée, soulagée et charmée par l’arrivée du chef Danny Smiles. “Te dire comme il est le meilleur candidat que j’aurais pu avoir !”» (la Presse+, 3 juillet 2021)

Vous dire que l’infinitif, c’est bien, mais que la conjugaison, ce n’est pas mal non plus.

P.-S.—Dans sa jeunesse, l’Oreille appelait cela un médiatic.

La clinique des phrases (ggg)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Il arrive à l’Oreille tendue d’avouer son plaisir solitaire : rappeler que départir se conjugue, en théorie, comme partir. Quand on lui dit qu’elle «se départit» parfois inutilement de son calme, elle répond que ce n’est pas du tout vrai : elle «se départ» de son calme.

Hier, sans le perdre, elle est tombée sur cette phrase, correcte à l’oral, mais pas à l’écrit :

Autrement dit, malgré une ouverture qui se concrétisera dans son anthologie de 1978, LeBlanc ne se dépare pas d’une certaine perplexité.

Rectifions :

Autrement dit, malgré une ouverture qui se concrétisera dans son anthologie de 1978, LeBlanc ne se départ pas d’une certaine perplexité.

À votre service.

La clinique des phrases (ccc)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

Le 29 septembre dernier, Patrick Lagacé a écrit que j’«invit[e] régulièrement des négationnistes de la pandémie […] pour commenter la pandémie. Et en nier les effets.»
Ce survol abracadabrant siège à des années-lumière de la réalité.

L’Oreille se répète, mais utiliser le verbe être n’est pas un crime.

Donc :

Ce survol abracadabrant est à des années-lumière de la réalité.

À votre service.

Pour votre lexique familial

Destouches, le Glorieux, éd. de 1778, page de titre

Vous mariez votre fille ? Pourquoi ne pas faire comme le personnage de Lisimon dans la comédie le Glorieux (1732) de Philippe Néricault-Destouches (1680-1754) et employer le verbe engendrer en ce sens familial ?

Ouais ! vous le prenez de haut. Écoute, mon cher comte,
Si tu fais tant le fier, ce n’est pas là mon compte.
Ma fille te plaît fort, à ce que l’on m’a dit;
Elle est riche, elle est belle, elle a beaucoup d’esprit;
Tu lui plais; j’y souscris du meilleur de mon âme,
D’autant plus que par-là je contredis ma femme,
Qui voudrait m’engendrer d’un grand complimenteur
Qui ne dit pas un mot sans dire une fadeur.
Mais aussi, si tu veux que je sois ton beau-père,
Il faut baisser d’un cran, et changer de manière
Ou sinon, marché nul (éd. de 1972, acte II, scène 14, v. 887-897).

À votre service.

 

Référence

Néricault-Destouches, Philippe, le Glorieux, dans Théâtre du XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», 241, 1972, vol. I, p. 565-684 et 1401-1406. Textes choisis, établis, présentés et annotés par Jacques Truchet.