Fine bouche

L’Oreille tendue attend toujours avec gourmandise la parution du Français à l’université, la lettre d’information de l’Agence universitaire de la francophonie. Elle y savoure les «êtres sociaux locuteurs», elle y déguste l’«excellence bornée par sa norme», elle s’y régale de «la circulation extrême de termes qui “affaissent” la notion».

La plus récente livraison l’a, encore une fois, sustentée. Un exemple — une seule phrase — suffira : «Il y a là des décisions engageantes à prendre : construire des savoirs en plusieurs langues (ce n’est pas une problématique de handicap, mais un défi), mettre à disposition des connaissances dans des systèmes d’accès libres et ouverts (c’est abonder le corpus global multilingue).»

Ah ! ces «décisions engageantes» ! Cette «problématique de handicap» ! Cet «abonder le corpus global multilingue» !

Les mots manquent devant pareille abondance de goût.

Le Français à l’université, 15, 4, quatrième trimestre 2010, p. 1.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

5 thoughts on “Fine bouche”

  1. J’en viens à attendre que vous en parliez…

    N’avez-vous jamais eu la curiosité de connaître l’auteur de ces formules si cotonneuses?

    [et note à moi-même, à partir de maintenant, ne plus prendre que des décisions engageantes]

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