Préjugé ordinaire

Le 16 décembre, dans le cadre de l’émission radiophonique Désautels de la Première chaîne de Radio-Canada, Michel Labrecque interviewait Gabriel Bran-Lopez de Fusion jeunesse, un organisme qui lutte contre le décrochage scolaire (ce fléau).

Fusion jeunesse recrute des étudiants pour des stages rémunérés dans des écoles secondaires du Québec. Interrogation de l’animateur : y a-t-il des volontaires ? Après tout, «un étudiant universitaire, des fois, déjà sa coupe est pleine, surtout s’il est en science, ou dans les domaines où il y a beaucoup d’étude à faire».

Information utile : à l’université, même les étudiants en lettres, en sciences humaines et en sciences sociales travaillent, autant que les autres. Ils ne passent pas leur temps, coiffés d’un béret, à réinventer le monde en fumant des Gitanes et en buvant du mauvais vin.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

8 thoughts on “Préjugé ordinaire”

  1. mouais… moi je dirais exactement le contraire, et non pas pour te contredire : ce que je retiens de mon année UdeM (et relations qui perdurent via FB avec nombreux étudiants), par comparaison avec étudiants Fr, c’est justement cette implication dans le « dehors », partir 1 an îles de la Madeleine en soutien scolaire, venir 1 an Europe ou US, et leur implication très fréquente ds structures sociales de leurs villes d’origine – oui, on étudie les Lettres et on le fait sérieusement, mais on sait (vous savez) que ce qui donne sens à ces études c’est l’implication dans le monde

    et combien j’ai regretté qu’au Qc vous ne soyez guère plus avancé que nous sur le décloisonnement : la langue considérée pour elle-même, les poètes, on n’en a pas besoin quand on étudie les sciences, ou la pédagogie ?

    et autre volet par rapport à Fr : les frais de scolarité chez vous sont énormes, ça veut dire qu’à 60% (si je me base sur mes 3 groupes UdeM) l’étudiant y contribue par un (une !) job d’au moins 20h salariées par semaine – avec à la fois l’énorme maturité que ça confère (et loin de moi de vouloir le nier, tjs par rapport à Fr), mais à la fois la charge pas toujours bien vécue (vendre des fringues au sous-sol du centre Desjardins, et se faire engueuler quand on demande une après-midi en fin de semestre pour aller passer son exam)…

    pas de conclusion, bien sûr, surtout pas, juste questions

  2. Dans la citation « un étudiant universitaire (…) », je vois d’abord et surtout un pléonasme. Les étudiants, par définition, fréquentent l’université, quel que soit l’effort qu’ils y mettent.

    Des universitaires, cependant, peuvent étudier longtemps et même toujours. L’Oreille tendue est probablement de ceux-là.

    R.M.

    1. C’est, en effet, un pléonasme — ou, plutôt, ça devrait l’être : au Québec, on le sait, il y a des étudiants dès le primaire. Cela étant, l’Oreille tendue ne voulait pas s’acharner sur le journaliste cité. (L’Oreille souhaite évidemment étudier jusqu’à sa mort, voire au-delà.)

  3. Vous avez raison, Monsieur Bon. Étudiant en lettres, en théâtre, en arts, peu importe. J’en suis au 23 décembre, encore en train de me plonger la tête première dans du Anne Hébert et du Todorov, je ne crois pas travailler moins fort que si je devais apprendre par coeur le nom de tous les os du corps humain. S’impliquer dans son milieu, c’est semer son énergie créatrice au vent. Rares sont les chanceux qui peuvent le faire en étant payés. Il ne reste qu’à conjuguer l’art de servir les assiettes et les boissons, avec celui de jouer, d’écrire, de lire. Je ne vois que le café comme solution! 😛

  4. Je seconde Mélanie.
    Travailler la nuit dans un bar deux fois semaine a été, pour ma part, la solution la plus viable afin de concilier travail/étude/survie.
    Je ne crois pas que les sessions des étudiants en lettres soient plus légères que celles d’un étudiant en science. Différentes, probablement, mais c’est comparer des pommes à des oranges.
    Une chose est certaine: les débouchés en science sont beaucoup plus nombreux et rémunérés que ceux dans le domaine des arts. Non, nous ne pourrons tous être profs de français au CÉGEP.

  5. comme ce serait important, établir dialogue via blog – donc hors terrain fac, mais là où nous on n’est pas seulement prof, mais aussi ce qui nous a mené ici – sur ces questions qu’on a forcément en partage

    merci Maude pour les pommes et les oranges, et Mélanie pour l’appui théâtre !

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