Six détestations du lundi matin
Publié le 26 octobre 2009
1. Quitter employé sans complément. «Je dois quitter.»
2. S’attarder sur un sujet. «Je voudrais bien m’attarder sur ce sujet, mais je dois quitter.» (Non : s’attarder, c’est «Se mettre en retard» ou «Ne pas avancer, ne pas progresser normalement».)
3. La féminisation automatique. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter.»
4. Faire en sorte. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire.»
5. Décéder. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire, parce que mon beau-frère est décédé.» (Non : les gens meurent.)
6. Problématique. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire, parce que mon beau-frère est décédé. C’est ma problématique aujourd’hui.»
10 réactions sur Six détestations du lundi matin
Bravo et merci.
Cela fait du bien à lire!
Une petite précision pour le point 6, les gens ne meurent plus, ils partent ou nous quittent, c’est ce que j’entends régulièrement autour de moi. Cet usage du verbe quitter peut causer des malaises au bureau lorsqu’on apprend qu’Untel a nous a quitté, nous ne savons plus s’il est mort ou s’il est parti travailler pour un concurrent.
Bonne journée
qui décède alors? ce verbe n’existe pas?
Le verbe existe et il s’applique aux humains. Cependant, comme le note le Petit Robert (édition électronique de 2007), son usage est circonscrit : «Employé surtout dans l’Administration ou par euphémisme, au passé composé et au participe passé.» Décéder a donc une vocation administrative; je n’ai évidemment aucune objection. En revanche, je rechigne devant l’euphémisation, ce trait bien caractéristique de notre époque : décéder n’est pas moins douloureux que mourir. De plus, il me paraît que les utilisateurs de décéder ont recours à ce mot car ils le croient d’un niveau plus recherché que mourir. Ce n’est pas le cas : on ne parle pas mieux quand on dit décéder plutôt que mourir.
« décéder » comme euphémisme est très pratique pour parler de la mort devant un enfant qui n’a pas encore trop compris que les gens (et les poulets) finissent tous par mourir. Lorsqu’il comprend le sens du mot, il est assez vieux pour affronter l’idée de la mort (des poulets et des gens qu’il ne connaît pas trop).
merci.
Voir Renaud Camus sur « décéder ». Répertoire des délicatesses du français.
J’aurais quelque chose à ajouter pour le « faire en sorte »: trop souvent, on entend « faire QU’en sorte que »… Ça me donne la chair de poule!
En tout cas, votre site, je l’adore! Merci beaucoup!
Cyberpresse.ca, pour sa part, a cédé à la tentation du verbe quitter employé absolument, encore qu’au conditionnel : «Gainey quitterait à la faveur de Gauthier.» [...]
[...] Ce n’était donc pas un problème.