Interpeller, toujours

Il y a de ces verbes dont on se dit qu’ils vont bien finir par disparaître. Ainsi d’interpeller, si populaire il y a quelques années dans le lexique psychopop, du temps où tout un chacun était interpellé au niveau de son vécu. Pourtant, ce mot a la vie dure. Deux exemples récents.

«Comme mes prédécesseurs l’ont fait dans le passé, je vous interpelle en ce début d’année scolaire 2009-2010», écrivait la Commission scolaire de Montréal en septembre dernier aux parents de tous ses élèves. Écrire est d’une autre époque.

Circule actuellement dans l’université de l’Oreille tendue un document dont une partie a été rédigée par une firme de consultants. On peut y lire ceci : «Tout changement implique donc une démarche qui peut être interpellée à plusieurs égardsInterpeller, c’est bien; à plusieurs égards, c’est mieux.

On vient de rééditer le Répertoire des délicatesses du français contemporain (2000). Renaud Camus y écrit : «Interpeller a eu son heure de gloire ridicule, qui par chance paraît un peu passée» (éd. de 2009, p. 242).

Nous avons tort.

Référence

Camus, Renaud, Répertoire des délicatesses du français contemporain. Charmes et difficultés de la langue du jour, Paris, Points, coll. «Points. Le goût des mots», P2102, 2009 (2000), 371 p.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

4 thoughts on “Interpeller, toujours”

  1. Vous écriviez « Ça ne vaut pas la peine de monter aux barricades pour une entreprise d’une si grande pauvreté. » à propos de Colocs en stock… Il est premier au palmarès des ventes de Renaud-Bray. Je crains qu’il n’eut fallu insister encore davantage sur la pauvreté de l’entreprise… Car je serais étonnée que toutes ses ventes soient le fait d’acheteurs peu convaincus par l’idée mais habités d’une curiosité malsaine.

    1. Dilemme cornélio-shakespearien : ne pas en parler, parce que c’est médiocre; en parler et dire que c’est médiocre, mais par là en faire la publicité; s’énerver parce que c’est médiocre et par là lui donner beaucoup de publicité. L’Oreille tendue n’est pas du côté de la troisième attitude.

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