Banlieue linguistique
Publié le 22 juillet 2010
Un lecteur de la Presse (21 juillet 2010, p. A15) en a contre une nouvelle publicité pour la sécurité routière à Repentigny, en banlieue de Montréal. (Du temps où j’y grandissais, il n’y avait pas de telles publicités. Il est vrai que des vaches paissaient près chez nous.) Celle-ci :
René Saint-Pierre, de Laval (autre banlieue montréalaise), s’en prend à ce «bel exemple de pollution visuelle» et il déplore l’utilisation du verbe slaquer.
Les autorités municipales avaient prévu le coup. On peut lire sur le site ralentircheznous.com cette fine remarque linguistique : «Pour ceux et celles qui se questionneraient sur la validité du verbe slaquer, ils peuvent être rassurés, car cet emprunt nuancé de la langue anglaise est aujourd’hui reconnu comme un verbe bien de chez nous.» Traduction proposée (malgré tout) de ce «langage imagé» : «Relâcher l’accélérateur.»
Tout cela appelle une brève explication de texte.
«Rassurés» ? Je ne le suis pas.
«Emprunt nuancé» ? Où ça, la nuance ? C’est un emprunt, point à la ligne.
«Reconnu» ? Par qui ? J’aimerais beaucoup le savoir. Il existe peut-être un dictionnaire du bon usage repentignois.
«Bien de chez nous» ? Quel est-il ce «chez nous» ? Y aurait-il un microclimat linguistique dans la couronne nord de Montréal ? Le président de la Commission de la sécurité publique et de la circulation de la Ville de Repentigny, Raymond Hénault, paraît le croire : «c’est une expression couramment utilisée et comprise par tous».
«Slaque», pas «slaquer» ? Voilà une administration proche de ses contribuables : elle les tutoie. (D’autres slogans sont à venir : Roule la pédale douce et Perds pas les pédales.)
«La pédale» : je vois d’ici s’épanouir le sourire du graffiteur s’apprêtant à déposer sa virgule sur une des affiches.
«Slaque la pédale» ? Je suis sceptique. Un mécanicien pourrait, j’imagine, «slaquer une pédale»; il suffirait qu’il s’assure qu’elle soit plus facile à relâcher. Mais, s’agissant de ralentir, la formulation retenue par les fortes autorités linguistiques repentignoises m’étonne : «Slaque su’a pédale» aurait mieux fait l’affaire, du moins à mes oreilles.
Il est vrai que j’ai quitté la banlieue depuis longtemps.
4 réactions sur Banlieue linguistique

La visibilité de ces affiches, me disent mes taupes repentignoises, est maximale. Leur efficacité l’est peut-être moins : «Un chauffard entêté arrêté à Repentigny», lit-on dans la Presse de ce matin (22 juillet 2010, p. A10). Il ne «slaquait» manifestement pas «la pédale» : il roulait à 200 km/h.
L’auteur de cette remarque (M. St-Pierre) ne s’aperçoit-il pas que l’objectif de cette campagne est atteint; en faire parler… En faite, il devient un des agents de promotion s’en même s’en rendre compte.
Et je peux vous assurer que cette campagne qui vise les plus jeunes vise dans le mille.
Bien d’accord avec vous. « Slaque su’a pédale » aurait mieux valu que « Slaque la pédale ». Ces gens ont la syntaxe lousse.
[...] L’Oreille tendue est la première à s’en étonner : c’est la cinquième fois qu’elle parle de tatouage [...]