Désolé, cher Olivier Niquet

Olivier Niquet, le Bêtisier 2017Olivier Niquet vient de mettre en ligne, sur le site de Radio-Canada, son Bêtisier 2017 : c’est un pur délice.

L’Oreille tendue est toutefois tenue, professionnellement, de chipoter sur un passage de l’émission. À la deuxième minute, on entend ceci :

[Olivier Niquet] Je suis prêt à vous montrer que tout va pour le mieux dans le meilleur des ondes. Introspection. [Voix féminine] Ce segment sur la candeur est une présentation de Voltaire, qui disait : «Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours.»

Voilà donc deux allusions à Voltaire.

L’initiale, dite par Olivier Niquet, fusionne plusieurs citations de Candide, par exemple celles-ci : «Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles» (chapitre premier); «Il n’y a point d’effet sans cause, répondit modestement Candide, tout est enchaîné nécessairement et arrangé pour le mieux» (chapitre troisième). Bref, «tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles» ne se trouve pas sous cette forme dans ce conte philosophique de Voltaire — mais Niquet ne dit pas explicitement qu’il le cite.

Ça va plus mal pour la citation sur le mensonge, dite par la voix féminine, une de ces «citations pompeuses de Voltaire pour se donner un air cultivé» (18e minute) : il n’a pas écrit cette phrase. On trouve plutôt ceci, dans une lettre à Thiriot du 21 octobre 1736 : «Le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal; c’est une très-grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. […] Mentez, mes amis, mentez; je vous le rendrai dans l’occasion» (source).

En matière de citations apocryphes, on ne prête qu’aux riches (pour Voltaire, les exemples sont nombreux : voyez ici et ).

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

2 thoughts on “Désolé, cher Olivier Niquet”

  1. Voltaire, se moquant de Leibniz par le Dr. Pangloss, pointe directement à une des thèses métaphysiques principales de Leibniz. Comme Leibniz utile fréquemment l’expression « meilleur des mondes possibles », je me demande pourquoi nous citons apocryphement Voltaire ou lieu de citer correctement Leibniz.

    1. Question parfaitement légitime, à laquelle l’Oreille tendue essaierait de répondre de la façon suivante : Candide est une lecture scolaire obligatoire depuis des dizaines d’années, ce qui n’est pas le cas de Leibniz.

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