Langue de campagne (16)

Un des points forts de la campagne électorale actuelle au Québec a été — ou aurait dû être, c’est selon — les rencontres télévisées entre les chefs des principaux partis politiques.

Le débat diffusé par la télévision publique (Radio-Canada, Télé-Québec, TV5) le 19 août était presque complètement exempt de langue populaire. Jean Charest (Parti libéral), Françoise David (Québec solidaire), François Legault (Coalition avenir Québec) et Pauline Marois (Parti québécois) s’étaient mis sur leur trente-six. Des exceptions ? Françoise David : «plate». François Legault : «se payer la traite», «tanné» (deux fois). Pauline Marois : «à soir» (deux fois), «cenne», «bein» (pour «bien»). Jean Charest : «J’peux-tu juste vous rappeler ?», «du monde qui font rien». Guère plus.

Les trois soirs suivants, le débat à quatre fut remplacé par des face-à-face (JC/PM, JC/FL, FL/PM), présentés sur les ondes d’une chaîne privée, TVA. La langue populaire s’est alors faite de plus en plus présente, surtout chez Pauline Marois : «trois mois de temps», «bein» (encore), «piasses», «Y a toujours bein un bout», «donner un break», «cenne», «fèque», «c’est plate à dire», «j’trouve ça pas pire», «à matin», «la djobbe», «y haït les syndicats» (s’agissant de François Legault), etc. Ses adversaires n’étaient cependant pas totalement en reste : «les djobbes dans l’nord, c’est des djobbes dans l’sud» (Jean Charest), «pis» (François Legault, deux fois), «J’peux-tu répondre» (Jean Charest, deux fois).

Sur Twitter, le soir du 20 août, @titocurtis se posait la question suivante : «Marois using some joual. Is it a coincidence that the debate’s on TVA ?» Peut-on, en effet, lier l’emploi de la langue populaire (le «joual», pour reprendre le terme de Curtis, tout contestable qu’il est) et la présence sur une chaîne commerciale ? D’autres raisons peuvent expliquer cette modification du lexique de la chef du Parti québécois (volonté de paraître moins «hautaine», cadre différent pour les échanges, etc.), mais la question mérite d’être soulevée.

P.-S. — L’Oreille tendue avoue ne pas trop savoir quoi faire d’une déclaration de Jean Charest le 19 août : «Quand y a des coches mal taillées, on les répare.» Comment peut-on «réparer» une «coche mal taillée» ? Langue populaire ou approximative ?

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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