Ne quittez pas, ter

Le 18 juin, l’Oreille tendue notait qu’à l’Université de Montréal elle n’était pas la seule à regretter l’emploi intransitif du verbe quitter. Un usager de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines — ce n’est pas l’Oreille, elle le jure — avait écrit «faute !» sur une affichette qui comportait les mots «quitter pour l’été».

L’Oreille repasse hier devant la même affichette. Celle-ci porte les traces d’un dialogue :

Université de Montréal, 6 juillet 2009
Université de Montréal, 6 juillet 2009

À côté de «faute !», quelqu’un a ajouté «Non !», puis quelqu’un d’autre a mis son grain de sel, mais avec pédagogie : «Oui. Quitter est un verbe transitif (demande COD)».

La guerre fait rage. Pour d’autres informations du front, ne quittez pas.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

8 thoughts on “Ne quittez pas, ter”

  1. Dans Saint-Simon, quelques beaux usages aussi :

    Il lui manda qu’il croyait que D. Gervaise devait quitter, et que pour obéir à l’autre partie de sa lettre, qui était de proposer un sujet au cas qu’il fût d’avis de changer d’abbé, il lui en nommait un.

    Ainsi je proposai à M. le duc d’Orléans de se faire une règle inaltérable de borner les officiers d’infanterie aux états-majors que les officiers supérieurs ne leur embleraient plus, et à la plus modique portion qu’il se pourrait de grâces sur l’ordre de Saint-Louis, d’en affecter toutes les autres à la cavalerie et aux dragons, et toutes les pensions de retraite que le roi se trouverait en état de donner, sans plus aucune à l’infanterie, au moyen de quoi il empêcherait par cette étoffe et par cette espérance la tête de ces régiments de quitter par ennui, par dégoût, par craindre d’achever de se ruiner, inconvénient qui renouvelle sans cesse ces corps, et qui les dépouille d’officiers expérimentés et capables.

    Ils ajoutèrent toute la différence de quitter par paresse ou par pis, d’avec quitter par des raisons aussi évidentes après avoir vu, fait et servi avec distinction; qu’à tout compter il y avait bien loin et bien des dégoûts et des hasards de fortune à essuyer entre ce que j’étais et le but qui me retiendrait au service, outre que l’injustice qui m’était faite me reculait beaucoup, et influait sur le délai de tous les autres pas: en un mot, tous six séparément m’accablèrent des mêmes raisons, comme s’ils les avaient concertées ensemble.

    1. Pour le seul XVIIIe siècle, en effet, les exemples d’emploi intransitif de quitter ne manquent pas — chez Restif de La Bretonne, Marivaux, Sade, Palissot, Isabelle de Charrière, La Popelinière, Bachaumont, Mercier, Rousseau, Besenval, Boyer d’Argens, Mme Riccoboni, Diderot. Ce qui étonne est plutôt le fait que, dans le Québec d’aujourd’hui, on tend à remplacer très fréquemment partir par quitter. Mieux encore : pour plusieurs, quitter relèverait d’un niveau de langue plus élevé que partir.

  2. dans le français de nos d’jeun’s, l’équivalent serait « on trace » – alors que ça n’en laisse pas beaucoup, de traces – mais pas d’équivalent ici à ce tour de langue que tu signales

      1. Cet usage de tracer ne paraît pas nouveau : «Un expert trace à Samothrace […]» (p. 22), écrit San-Antonio dans Salut, mon pope ! Roman spécial-police, Paris, Fleuve noir, coll. «S.A.», 25, 1974 (1966), 254 p.

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