Langue de campagne (13)

La plupart des commentateurs s’entendent pour dire que la révélation du débat électoral télévisé du 19 août 2012 entre Jean Charest (Parti libéral), François Legault (Coalition avenir Québec), Pauline Marois (Parti québécois) et Françoise David (Québec solidaire) a été cette dernière.

Que dire de la langue de Françoise David ?

On ne pouvait qu’être frappé par le naturel de son expression. Loin des tics de ceux qu’elle appelait ses «collègue», elle ne passait pas son temps à reprendre des expressions toutes faites. De même, elle n’hésitait pas à utiliser, par exemple, «han» en fin de phrase, comme le font des masses de ses compatriotes.

Son sens de la répartie tranchait sur les répliques de ses adversaires politiques : «Franchement !», «Laissez-moi une p’tite chance» (à François Legault), «Je prends beaucoup l’autobus et je peux vous dire qu’il n’y a pas de bataille dans l’autobus» (à François Legault, encore, qui ne doit pas le prendre souvent).

Le «Je n’en disconviens pas» qu’elle a utilisé à un moment lui a valu des éloges sur Twitter. (L’Oreille tendue se réjouit de voir employée publiquement une expression qu’elle affectionne.)

C’est surtout à Françoise David que revient une des piques les plus justes de la soirée. S’agissant de la question de la corruption au Québec, elle avait un conseil pour le premier ministre : «À votre place, Monsieur Charest, je ne fanfaronnerais pas.»

Elle aurait pu verser dans le populisme : «À votre place, Monsieur Charest, je ne f’rais pas mon smatte.» Ou dans le rare : «À votre place, Monsieur Charest, je ne plastronnerais pas.» Elle a choisi le verbe le mieux calibré.

Est-ce cela, faire de la politique «autrement» ?

P.-S. — Québec solidaire oblige, Françoise David parle aussi d’«assemblée citoyenne» et elle se sert de l’adjectif «métissé». On n’en attendait pas moins d’un parti de gauche.

P.-P.-S. — Sur le blogue de Québec solidaire, aujourd’hui, sa co-porte-parole préfère «menterie» à «mensonge». Cela n’étonne pas, venant d’elle.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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