Proust et le rugby ? Il suffisait d’y penser. Philippe Manevy l’a fait dans La colline qui travaille (2024) :
Cette façon de conduire était associée dans mon esprit à son passé de rugbyman. Dès son adolescence, René avait pratiqué assidûment ce sport. Il avait commencé à jouer avec son grand frère Pierre, à qui sa carrure massive et sa force tranquille avaient valu la position de pilier — celui qui, pour assurer la solidité de la mêlée, encaisse les coups de boutoir de l’autre équipe. Plus fluet, plus rapide aussi, René officiait comme trois-quarts aile : il savait se faufiler entre les lignes adverses; bien souvent, c’est lui qui recevait la passe décisive à l’issue de l’action — cet échange long, complexe, plein de ruptures, de rebondissements, de retours en arrière et de brusques percées comme une phrase de Proust — et s’élançait vers la ligne pour plaquer au sol, dans un geste furieux et triomphant, le ballon ovale.
Référence
Manevy, Philippe, La colline qui travaille. Récit, Montréal, Leméac, 2024, 283 p. Édition numérique.
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