Capitale(s)

Le Québec aime tellement les capitales qu’il en compte plusieurs.

Il y a d’abord la Vieille Capitale, Québec : la capitale nationale de la province de Québec n’est en effet pas sa capitale économique ou culturelle. (Rien là d’étonnant : cela se voit ailleurs.) Il lui arrive de se faire «capitale mondiale de la planche à neige» (le Devoir, 16 mars 2007, p. B1) ou capitale gastronomique, selon le titre du livre d’Anne L. Desjardins (Montréal, Éditions La Presse, 2008). Son équipe de baseball s’appelle Les capitales.

Il y a aussi Drummondville, «capitale du monde» (la Presse, 17 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 7). Cela a probablement quelque chose à voir avec son Mondial des cultures.

Trois-Rivières n’est pas en reste. Festival international de la poésie oblige, la ville serait la «capitale de la poésie».

Et Montréal ? La question de son statut, et notamment de sa place au palmarès géographique mondial, est récurrente et pourrait se formuler ainsi : «Montréal, destination de calibre international ?» (la Presse, 23 mars 2005, cahier Actuel, p. 4).

Par certains aspects, la ville ne s’en tire pas trop mal. Elle est la «capitale nord-américaine du papier journal» (la Presse, 30 janvier 2007, cahier Affaires, p. 1), «une capitale mondiale pour la danse» (la Presse, 17 décembre 2003, cahier Arts et spectacles, p. 3), une «grande capitale mondiale de la gastronomie» (la Presse, 3 juillet 2004, p. A1), la «capitale de l’animation numérique» (la Presse, 21 août 2006, cahier Affaires, p. 1), la «capitale mondiale de la gestion de projets» (le Devoir, 24 juillet 2006, p. A6), la «capitale mondiale du livre» (la Presse, 21 novembre 2004, p. A9), la «capitale des festivals» (la Presse, 22 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 10). Tout ça n’est pas rien; du moins, on l’espère.

Parfois, c’est moins glorieux : «Montréal capitale du faible revenu» (la Presse, 25 octobre 2007, p. A13).

Surtout, la ville doute. «Montréal, la capitale du jeu électronique ?» (le Devoir, 7 février 2005, p. B7). «Montréal, capitale culturelle ? » (la Presse, 3 janvier 2004). «Pour que Montréal devienne une capitale mondiale de la culture» (le Devoir, 10-11 novembre 2007, p. H1).

Il arrive que cette interrogation prenne des formes assez alambiquées, s’agissant pourtant d’une même discipline. D’un côté, affirmations : «Montréal, capitale mondiale du design» (la Presse, 13 août 2004, p. A6); «Montréal est la capitale mondiale du design» (le Devoir, 21-22 mai 2005, p. H1). De l’autre, question : «Montréal, capitale du design mondial ?» (le Devoir, 22-23 mai 2004, p. I5). Il est vrai que l’on est passé de la capitale mondiale du design à la capital du design mondial. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

La Fontaine ? La fable «La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf» ? Vous croyez ?

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

9 thoughts on “Capitale(s)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*