Le Führer à Montréal ?
Publié le 22 novembre 2010
Parmi les collections documentaires des Éditions Michel Quintin, l’une s’intitule «Connais-tu ?». Il s’agit d’une «collection pour rire et pour s’instruire»; on veut y être «humoristique», «fantaisiste», «instructif». On y vise un public âgé «de 8 ans et plus». Après Barbe Noire, Cléopâtre, Marco Polo et Érik le Rouge, c’est autour du hockeyeur québécois Maurice Richard (1921-2000) d’y entrer.
On trouve dans Connais-tu Maurice Richard ? les principaux faits d’armes du célèbre numéro 9 des Canadiens de Montréal : les succès précoces, les cinq buts et les trois étoiles contre les Maple Leafs de Toronto, les cinq buts et les trois passes contre les Red Wings de Detroit au terme d’une journée de déménagement, l’émeute du 17 mars 1955, la longévité et les records, etc.
La lecture est clairement ethnique : Richard est le héros des Canadiens français; il est bafoué par les méchants Canadiens anglais, qu’il s’agisse des joueurs des autres équipes ou des autorités de la Ligue nationale de hockey, au premier chef son président, Clarence Campbell. Tout cela est banal, parfaitement convenu : c’est la vulgate richardienne, que peu de personnes (j’en suis) essaient de nuancer. Dès la Deuxième Guerre mondiale ou tout de suite après, du moins tel qu’on (se) représente cette époque aujourd’hui, la dichotomie francophones / anglophones se serait imposée :
Maurice Richard devient vite l’idole des Canadiens français, celui qui réussit à en imposer.
À cette époque-là, les francophones ont souvent les emplois les moins bien payés et se sentent opprimés. Maurice représente pour eux le succès et la force (p. 32-33).
Ce qui est moins banal est la représentation visuelle du méchant Canadien anglais en patron colérique.
Le visage de ce patron qui s’en prend aux «Pea Soup» — c’est l’injure utilisée par certains Canadiens anglais pour décrire les Canadiens français — évoque celui — combien honni — d’un des plus grands bourreaux du XXe siècle. Même type de costume, même coupe de cheveux, même moustache, même colère, même recours à l’invective raciale.
Cet amalgame est un bien troublant message à transmettre à nos chères têtes blondes.
Référence
Ménard, Johanne, Connais-tu Maurice Richard ?, Waterloo (Québec), Éditions Michel Quintin, coll. «Connais-tu ?», 5, 2010, 63 p. Illustrations et bulles de Pierre Berthiaume.
4 réactions sur Le Führer à Montréal ?


[...] la retraite de Maurice Richard [...]
[...] Exemple, tiré d’une biographie de Maurice Richard destinée à la jeunesse, celle de Johanne Ménard : [...]
Personne, parmi ceux qui s’intéressent à la représentation du hockey dans la culture, n’est étonné de la place considérable qu’y occupent les grandes vedettes du passé : Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur. [...]
En post-scriptum à un texte récent au sujet de la bande dessinée (BD) sur le hockey (H), surtout au Québec (Q), l’Oreille tendue annonçait qu’elle allait bientôt lire le recueil la Patinoire en folie de Pierre Huet (2011). C’est fait. [...]