La méfiance (linguistique) ne règne (peut-être) pas assez

Le Petit Robert (édition numérique de 2010) parle de «Mot critiqué». Jean-Loup Chiflet se fâche : ce mot «tarabiscoté» est importé de «la perfide Albion» (p. 110). Pour Renaud Camus, il fait partie des «grands mots pompeux, complaisants et mal formés» qui relèvent «du méchant sabir des officines et des bureaux» (p. 344). Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française est plus nuancé, mais il reste prudent : ce verbe «signifie globalement “trouver une solution à” un problème, une situation, une question. C’est une forme passée dans l’usage et attestée dans les dictionnaires, mais critiquée ou marquée comme familière. Elle semble mieux acceptée dans les ouvrages linguistiques québécois.» La Mission Old Brewery, qui vient en aide aux itinérants montréalais (les sans-abri), n’a pas ces états d’âme :

Certains hésitent moins que d’autres devant le verbe solutionner.

Références

Camus, Renaud, Répertoire des délicatesses du français contemporain. Charmes et difficultés de la langue du jour, Paris, Points, coll. «Points. Le goût des mots», P2102, 2009 (2000), 371 p.

Chiflet, Jean-Loup, 99 mots et expressions à foutre à la poubelle, Paris, Seuil, coll. «Points. Le goût des mots», Hors série, inédit, P 2268, 2009, 122 p. Dessins de Pascal Le Brun.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

2 thoughts on “La méfiance (linguistique) ne règne (peut-être) pas assez”

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*