L’heure du débat

Même l’été, les débats font rage. Mais comment être sûr d’avoir affaire à un débat ? Comment en reconnaître un ?

Il suffit de se poser trois questions.

1. Le débat — sauf s’il s’agit d’une revue — ne vient jamais seul. Du moins au Québec, il est généralement accompagné des mots de société ou d’idées. Exemples : «Pour un débat de société sur l’agriculture» (le Devoir, 1er décembre 2003, p. A2); «Des couvents en héritage. Un colloque international sur un débat de société» (Montréal, octobre 2009); «Le Canada doit s’offrir un débat d’idées» (la Presse, 13 septembre 2000); «Enfin un débat d’idées !» (le Devoir, 14 mars 2003). Votre débat est-il accompagné de l’indispensable formule magique ?

2. Le débat doit être vrai, sinon il ne saurait être. Le faux débat inquiète. Exemple : «Une saveur de faux débat» (le Devoir, 3 avril 2008, p. A6). Votre débat est-il vrai ?

3. Le débat, par la force des choses, ne saurait être consensuel. Mieux (ou pire) : le débat est souvent, et de plus en plus, polarisé. La polarisation, pourrait-on dire, est l’essence du débat et elle mène rapidement à une rupture du dialogue. Pourtant assis à la même table, les opposants dans un débat campent sur leur position. Or ils n’en ont généralement qu’une. Exemples : «C’est cela qui polarise le débat entre libéraux et conservateurs» (la Presse, 8 avril 2011); «Ce livre risque de vieillir très vite, mais en attendant, il suscite un débat, polarise les interventions dans les médias ce qui, au final, provoque un brassage d’idées fort utile» (la Presse, 10 février 2012). Votre débat est-il polarisé ?

Si, au sujet de la discussion qui vous intéresse, vous avez répondu oui à ces trois questions, vous êtes bel et bien devant un débat. Il s’agit donc, sans aucun doute possible, d’un vrai débat de société (d’idées) où les positions sont de plus en plus polarisées.

N.B. Merci à Cartésie pour polarisation.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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