Une préposition vous manque, et tout est dépeuplé
Publié le 04 octobre 2012
L’Oreille tendue a eu l’occasion, à quelques reprises, de causer apocope (il y a une catégorie pour ça).
Plus rarement, elle a parlé ellipse, ici ou là.
Au rayon de l’économie linguistique, un nouveau (?) phénomène vient d’attirer son attention : la disparition de la préposition avec dans partager avec, à moins qu’il ne s’agisse d’une réduction de faire partager en partager.
Deux exemples venus de Twitter (il y en a plein d’autres sur Google).
«Je vous partage ma recette de cupcakes en cornets. Super facile à faire et les enfants adoreront (Les adultes aussi…)» (@ElleMlaMode).
«Apprendre une langue étrangère en ligne & Pascale Buissière nous partage ses sites favoris» (@julielaferriere).
Un mot suffira : non.
8 réactions sur Une préposition vous manque, et tout est dépeuplé
Je vous appuie. Non seulement refuse-je cette disparition de la préposition, mais je refuse également, avec toute mon énergie, les « cupcakes en cornets ».
la source du problème est le libellé même du bouton «partager», qui amène naturellement la construction «je partage ceci», etc.
c’est un vrai problème en conception d’interfaces, qui en tout cas me cause bien du souci: le français se prête difficilement aux impératifs du bouton (au passage du français on le transforme d’ailleurs très souvent en infinitif).
je me rends compte que mon commentaire précédent est incomplet. la construction qu’inspire le bouton «partager» est, plus extensivement, «je te partage ceci», sur le modèle de «je t’imprime ceci», «je t’envoie ceci», «je te sauvegarde ceci», etc. ça n’excuse rien en soi, mais ça explique le tour de phrase, il me semble.
Idem pour l’insidieux « quitter » intransitif, venu tout droit du « ctrl Q » et de QUIT. On a l’impression de se battre à contre-courant.
L’Oreille tendue en est à vingt-cinq (!) textes sur quitter pris intransitivement, et elle n’a pas la moindre illusion : ça ne changera pas.
Que oui.
Parfaitement d’accord, cet emploi de « partager » me donne des boutons (mauvaise plaisanterie, c’était trop tentant). Je l’attribuais comme David T aux « boutons » « partager » qui sans doute traduisent « share ». Et puis voilà qu’on se met à oublier que « partager » se construit avec préposition ou avec « faire », et voilà qu’on oublie que dans bien des cas, avant l’ère Facebook et cie, on n’aurait pas dit « partager », mais « diffuser », « envoyer », « communiquer », etc. bref, toute une série de mots usuels et simples que l’on boude, allez savoir pourquoi.
PS: et puis Pimpette, moi, c’est la manie de parler de « cupcakes » comme si c’était nouveau et original qui m’énerve. Je suis d’une génération qui a connu ce dessert dans son enfance, à une époque où ça s’appelait tout simplement des « petits gâteaux », et, en version moins officielle, des « petits pets ». On pouvait les faire avec différents types de pâtes et de glaçage et on les décorait aussi de multiples manières.
Mais évidemment, dire ‘ »cupcakes », c’est plus chic, et ça permet de penser qu’on a réinventé la roue (les petits pets, les petits gâteaux). Ma grand-mère paternelle, l’experte des desserts, qui faisait ses gâteaux et glaçages au beurre (et pas à la margarine, encore moins au shortening), doit se retourner dans sa tombe.