Critique de la faculté de juger

Un lecteur de l’Oreille tendue, @profenhistoire, lui signale l’existence, notamment sur Twitter, mais pas seulement, des expressions Je te juge / Je vous juge. (Le hasard faisant bien les choses, l’Oreille venait pile-poil au même moment de se dire qu’il faudrait bien écrire quelque chose là-dessus.)

Ce que cela signifie ? Sache que je sais ce que tu fais et que je te juge sans indulgence.

Exemples :

Tu te trompes entre «se» et «ce» #jetejuge (@LeaStreliski).

Ceux qui abusent du mot lol et des ! #JeTeJuge (@Juliee_Monroe).

#LesGens qui ont encore les même expressions verbales qu’au secondaire. #jevousjuge… (@GuiBou27)

Message : Si vous vous intéressez pour de vrai à l’accouchement imminent d’une femme qui n’existe que dans les magazines, que vous ne croiserez jamais et qui n’a aucun impact sur votre vie, je vous juge (la Presse, 19 juillet 2013).

Avec Je te juge / Je vous juge, on est à la fois dehors — Je ne ferais jamais ce que tu fais — et dedans — Vous, mes lecteurs, et moi, nous ne sommes pas comme ça. On refuse de faire partie d’une communauté et on le dit haut et fort à une autre, la sienne.

L’Oreille ne peut qu’être d’accord avec @profenhistoire : affirmer «Je te juge», c’est «exprimer des affects et énoncer une norme pour me rapprocher des cercles des réseaux sociaux qui m’approuvent».

Voilà qui est faire preuve de jugement, non ?

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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