Une patente qui en a

Soit les deux tweets suivants :

«La patente à gosses qui a sauvé les astronautes d’Apollo 13. La mère de toutes les patentes. http://sploid.gizmodo.com/this-is-the-actual-hack-that-saved-the-astronauts-of-th-1598385593» (@MatthieuDugal).

«Patente à gosse : sérieuse option sur le titre dans la catégorie “Expression québécoise de l’année”. Ça dit tout» (@kick1972).

Patente à gosse(s), donc. Disséquons.

Cette patente n’est pas un «écrit émanant du roi, d’un corps qui établissait un droit ou un privilège», un «document relatif à l’état sanitaire d’un navire» ou un «ancien impôt direct local, auquel étaient assujettis, en France, les commerçants, artisans, les membres de certaines professions libérales», mais un «objet», une «chose quelconque». Synonymes de ce mot «familier» propre au Canada : bidule, machin, truc (le Petit Robert, édition numérique de 2014).

Mais que viennent faire les gosses dans cette affaire ? Le mot ne renvoie pas, comme en d’autres contextes, à l’appareil reproducteur mâle. Il a plutôt une simple valeur intensive. Une patente, ce n’est généralement pas terrible; une patente à gosse(s), c’est pire.

Usito, le dictionnaire en ligne du français québécois, propose la définition suivante — «chose de mauvaise qualité, objet qui fonctionne mal; fig. projet, plan mal conçu, qui a peu de chance d’aboutir, de réussir» — et offre cet exemple : «Le vote électronique est une autre de ces inventions humaines qui solutionnent une absence de problème. […] À part du profit des promoteurs de ces patentes à gosses, que sont censées produire les machines à voter ?» (la Presse, 2005).

On a donc intérêt à se méfier des patentes à gosse(s). Pour l’expression, c’est selon.

 

[Complément du 23 juillet 2014]

L’Oreille tendue s’en mord les lobes : elle a oublié de rapprocher patente à gosse(s) de broche à foin (voir ici). Merci à @Peaudchien de l’avoir remise dans le droit chemin.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

3 thoughts on “Une patente qui en a”

  1. Je pense que vous êtes dans l’erreur lorsque vous dites que « gosses » n’a qu’une valeur intensive dans ce contexte. Intuitivement, je dirais plutôt que c’est une référence à l’expression familière « gosser » qui signifie « construire ou travailler grossièrement ou encore rafistoler ». Donc la patente à gosse serait un truc ou un machin gossé… Qu’en pensez-vous?

    1. Cette explication se défend. Sur Twitter, @mapaquet propose ceci : «Une patente “gossante” quoi !» @bryanewtown y voit une trace d’anglais : «Y’a un peu de “patent” ou brevet là-dedans. Une gogosse patentée quoi…» L’Oreille tendue, qui s’est déjà penchée sur gosser, n’a pas de position forte sur le sujet.

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