Sur la gueule de François Legault

Portrait de François Legault

Dans son point de presse coronoviral du jour, le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé une série de mesures. Aucune n’a été prise «sur la gueule», a-t-il déclaré.

Devant ce prendre une décision sur la gueule, l’oreille de l’Oreille tendue s’est tendue : elle n’a pas souvenir d’avoir jamais entendu l’expression.

Des sources conjugales proches de l’Oreille, elles, croient avoir jadis entendu la phrase «J’ai eu le contrat su a yeule». Sous toutes réserves, «su a yeule» (sur la gueule), dans ce contexte, voudrait dire quelque chose comme «en parlant», «en discutant» — sans rien d’autre pour justifier l’octroi du contrat.

Aucun des ouvrages de référence qu’a l’Oreille sous la main ne connaît sur la gueule au sens que paraît lui donner le premier ministre.

Seul Pierre DesRuisseaux a danser sur la gueule : «Danser au son de la voix (plutôt qu’au son d’un instrument de musique). L’expression est aujourd’hui un peu désuète» (p. 176).

Extrapolons : faire quelque chose sur la gueule, ce serait se contenter de mots.

Tant de questions, si peu d’heures.

 

Référence

DesRuisseaux, Pierre, Trésor des expressions populaires. Petit dictionnaire de la langue imagée dans la littérature et les écrits québécois, Montréal, Fides, coll. «Biblio • Fides», 2015 (nouvelle édition revue et augmentée), 380 p.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

3 réflexions au sujet de “Sur la gueule de François Legault”

  1. Prendre une décision «sur la gueule», dans ce contexte, s’apparenterait à penser tout haut et d’en faire acte de décision. Expression limitrophe, si elle en est, à décider «sur un coup de tête», la formulation laisse penser que la décision n’ait pas été prise à la hâte, sans réflexion.

    Les synonymes «oralement» et «verbalement» semblent pouvoir se substituer à leur «gueule» métonymique, bien qu’ils n’en traduisent pas forcément le caractère précipité, voire irréfléchi.

    De même, avoir un contrat «su a yeule» pourrait possiblement, dans un registre plus soutenu, être remplacé par «oralement», «verbalement»: «Il m’a donné le contrat verbalement»; «Les partis ont convenu de l’entente oralement»; etc.

    Je pense tout haut, sur la gueule.

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