Érotisme de l’accent

Le roman universitairecampus novel dans la langue de Harvard — est un genre très largement pratiqué dans le monde anglo-saxon, de D.J.H. Jones (Murder at the MLA, 1993) à Philip Roth (The Human Stain, 2000; The Dying Animal, 2001), de Saul Bellow (Ravelstein, 2000) à David Lodge (Changing Places, 1975; Small World, 1984; etc.) et de Richard Russo (Straight Man, 1997; Empire Falls, 2001) à Zadie Smith (On Beauty, 2005).

Il existe aussi en France, sur une échelle plus modeste. Pensons au Problème avec Jane de Catherine Cusset (2001) ou à Septuor de Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann (2002).

On en trouve itou des exemples au Québec : le Rendez-vous (François Hébert, 1980), Meurtre sur le campus (Ghislain Richer, 2001), la Souris et le rat (Jean-Pierre Charland, 2004), la Mère morte (Robert Gagnon, 2006), le Dilemme du prisonnier (François Lepage, 2008).

Dans la même veine vient de paraître Quand j’en aurai fini avec toi de Jean-Philippe Bernié (2012).

Le personnage principal de ce roman est la méchante Claire Lanriel, professeure au Département des matériaux de l’Université Richelieu, une université fictive de Montréal. Mère américaine, père français, elle parle avec un «accent français».

Or cela aurait un effet érotique : «Certains straights… ils étaient attirés par son côté dominatrice. Et avec son accent français, c’était encore mieux» (p. 22).

La vie universitaire réserve bien des surprises, au moins auditives.

 

[Complément du 4 mars 2012]

Après de nombreux mois d’attente, l’Oreille tendue vient de mettre dans le lecteur DVD la troisième saison de la série Damages. Pourquoi le dire ici ? Parce que Jean-Philippe Bernié ne cache pas son inspiration. La «Fiche d’information» de son éditeur annonce que son roman est le premier d’une série qui est «une petite sœur de Damages». Le titre Quand j’en aurai fini avec toi est la traduction d’un passage de la chanson d’ouverture de chaque épisode de la série. La relation entre les personnages romanesques de Claire Lanriel et de Monica Réault rappelle celle des personnages télévisuels de Patty Hewes et d’Ellen Parsons. On ne saurait être plus clair.

 

Référence

Bernié, Jean-Philippe, Quand j’en aurai fini avec toi, Montréal, La courte échelle, 2012, 199 p.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

6 thoughts on “Érotisme de l’accent”

  1. Il y a aussi Le théorème de Travolta d’Olivier Courcelle (congrès de matheux à Genève). Et souvenir de lecture d’un polar se passant à l’EHESS mais dont j’ai oublié le titre et l’auteur (sous pseudo, un historien je crois)

  2. Il y a également une scène de colloque dans un des Kundera, le machin sur l’accent qu’on met sur le e (? souvenir très vague, la lecture remonte à plus de 15a). L’éminent universitaire fait un éloge ému de l’accent… mais oublie de faire sa communication.
    Dans le monde anglo-saxon, j’ajouterais Alison Lurie, The War between the Tates, notamment.

  3. Chère Oreille tendue,

    Le rapprochement sans complexe entre la série Damages et le roman Quand j’en aurai fini avec toi est le fait de l’éditeur, grand amateur de téléséries, et non de l’auteur.

    Ce dernier, lorsqu’il peaufinait les perfections de son archétypale méchante, avait plutôt en tête la filmographie de Hitchcock, et l’actrice Eva Marie Saint en particulier.

    En poursuivant votre visionnement de Damages, activité bien agréable, vous pourrez voir que, si Claire et Patty ont en commun la blondeur et la méchanceté, elles ont leur manière bien à elles de conspirer et de nuire.

    (Cependant, il nous apparaît que la télésérie Damages se dégonfle quelque peu à compter de la troisième saison – changement d’équipe à la scénarisation?)

    Claire, contrairement à Patty, est la créature d’une seule personne et restera donc égale à elle-même jusqu’à la toute fin. C’est là un des moindres avantage quand on écrit des livres!

    Au plaisir de vous lire,

    Geneviève Thibault

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