Ne pas la déchirer

Au cours de la récente campagne électorale québécoise, l’Oreille tendue a signé un texte dans le Journal de Montréal. Elle s’y définissait comme un «privilégié insatisfait».

En effet, elle croyait faire partie des «privilégiés» :

J’ai la sécurité d’emploi, un bon salaire, des avantages sociaux importants. Je fais un travail que j’aime. J’aimerais pouvoir dire que je suis de la classe moyenne, mais ce n’est pas vrai. Comme la plupart de mes collègues professeurs d’université, je fais partie de ceux qui n’ont guère à s’inquiéter quotidiennement de leur avenir financier.

Elle se trompait.

Si l’on en croit le discours ambiant, elle ferait plutôt partie des «contribuables aisés», ces «riches» que le gouvernement du Parti québécois veut taxer (rétroactivement) pour financer une de ses promesses électorales, soit l’abolition de la «taxe santé». Et, comme chacun le sait, il faut faire «payer les riches».

Selon ce discours, l’Oreille n’aurait pas à se plaindre. Cela s’incarne dans une recommandation vestimentaire.

David Desjardins le dit sur Twitter : «Avant de déchirer sa chemise à propos des hausses d’impôts… http://bit.ly/QWUtEj

La coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David, sur les ondes de la chaîne d’information continue RDI, va dans le même sens : «franchement, est-ce qu’il y a de quoi déchirer sa chemise».

Autrement dit : faisons payer les «riches», mais prévenons-les d’épargner leur garde-robe et exhortons-les à ne pas exagérer leur «malheur» (c’est ce que paraît signifier «ne pas déchirer sa chemise»).

C’est noté. Merci.

P.-S. — Cela étant, qu’on se rassure. L’Oreille tendue ne souffre pas d’«angoisse fiscale» (la Presse, 25 septembre 2012) et elle ne se croit pas victime d’«oppression fiscale» (la Presse, 2 octobre 2012, cahier Affaires, p. 3).

 

[Complément du 18 octobre 2013]

Alain Dubuc, dans la Presse du jour, invente le concept de «chemise collective» : «Avant de déchirer notre chemise collective, pensons aux gagnants de l’entente de libre-échange avec l’Union européenne» (p. A19).

 

[Complément du 14 octobre 2016]

Il faut connaître l’expression déchirer sa chemise pour comprendre la phrase suivante : «Épargnez vos chemises, je vous en prie, il n’y a pas de complot pour faire taire les altermondialistes. Pas plus qu’il n’y en a pour empêcher les comiques antisémites de venir faire des blagues sur notre territoire» (la Presse+, 13 octobre 2016).

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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