Là (là)
Publié le 22 juillet 2009
Qu’est-ce que le français parlé au Québec au début du XXIe siècle ? Une variété régionale du français.
On y trouve des mots réputés archaïques selon les dictionnaires publiés en France (barrer la porte pour verrouiller la porte), des mots, inconnus ailleurs, pour désigner des réalités locales (poudrerie pour neige poussée par le vent pendant qu’elle tombe), des mots créés pour éviter d’avoir recours à d’autres venus de l’anglais (courriel pour e-mail), quelques mots amérindiens (achigan) ou anglais (aréna) entrés dans la langue courante. La féminisation des titres de fonctions y est recommandée (auteure). Il y a des accents québécois comme il y a des accents hexagonaux. Sur le plan de la syntaxe, rien de significatif ne distingue cette variété du français de la langue dite standard.
(Sur ces questions, surtout de vocabulaire, une lecture recommandée : le Vif Désir de durer. Illustration de la norme réelle du français québécois, de Marie-Éva de Villers, Montréal, Québec Amérique, 2005, 347 p. Ill.).
Et il y a des fréquences lexicales qui ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique.
Un seul exemple, auxquels m’ont triplement fait penser les médias hier : le mot là, beaucoup plus souvent utilisé ici que… là, et dans toutes sortes de contextes.
Dans la Presse, une publicité pour Toyota : «La Corolla, là, là» (21 juillet 2009, p. A11). Ce «là là» est non seulement repérable comme élément de la langue courante pour tout Québécois francophone, il est aussi une allusion à un trait réputé propre aux habitants de la région du Saguenay. On l’entend notamment à satiété dans la bouche du maire de la ville de Saguenay, Jean Tremblay, ce qui lui a valu le surnom de Jean «là là» Tremblay.
Le matin, à la radio, une entrevue de Guy A. Lepage, au sujet de la troupe d’humoristes, aujourd’hui disparue, Rock et belles oreilles : il y méditait sur «ce métier-là». De quoi s’agit ? Pas besoin de le dire : n’importe quel artiste québécois sait désigner sa pratique par cette expression convenue. Plombier, garagiste, artisan : ce sont des métiers. Artiste : c’est «ce métier-là».
Toujours à la radio, en fin d’après-midi, une chronique de livres : en sept minutes, la chroniqueuse parle de «ce livre-là» (trois fois), de «cette ferme-là», de «cette façon-là», de «ce goût du monde-là» — et j’en oublie.
On me reprochera peut-être d’insister sur des cas particuliers. Néanmoins, je crois que ces trois exemples-là sont clairs, là (là).
6 réactions sur Là (là)
À l’usage nous y perdons, je pense, en précision et en liberté.
Mais, il m’est fréquent de questionner mon interlocuteur quant à ce que signifie le «là» qui lui passe en bouche, et d’être ensuite navré d’avoir interrompu son anecdote: l’incertitude quant à la référence du «là» est supplantée par le malaise d’avoir nuit au rythme de son discours.
[...] Corrigeons d’abord une fausseté : il ne peut pas y avoir de «Tintin en québécois», parce qu’il n’y a pas de «québécois», pas de «langue québécoise». Quand Yves Laberge affirme avoir voulu proposer «une célébration de notre langue» (le Devoir, 15 octobre 2009, p. A8), il parle d’une chose qui n’existe pas. [...]
[...] C’est affaire de latitude : les Québécois seraient proches des Scandinaves. Cela explique peut-être pourquoi ils aiment tant les sagas. [...]
[...] Là : la fréquence de son emploi, parfois redoublé, est une des caractéristiques du français parlé au Québec. [...]
[...] Cette conclusion rejoint celle de Marie-Éva de Villers, qui s’intéressait dans son livre de 2005 au lexique québécois [...]
[...] Ce n’est peut-être pas possible : débarquer dans un pays, le décrire dans un livre et être apprécié des autochtones. [...]