Éloge du simple

Hier, en première page du Devoir : Gabriel Nadeau-Dubois «effectue une mineure en philosophie» à l’Université de Montréal. Effectuer une mineure ? Pourquoi pas, tout simplement, faire une mineure ? Ou s’est inscrit à une mineure ? Effectuer est de ces verbes qui révèlent ceux que l’on n’a pas voulu utiliser même s’ils font parfaitement l’affaire.

L’Oreille tendue ayant diffusé cette citation du Devoir sur Twitter, sa collègue @LucieBourassa a réagi en rapportant cet emploi d’effectuer à d’autres choix de nature semblable : problématique mis incorrectement pour problème, quitter pour partir, débuter pour commencer.

Dans ses «Dix commandements» (de rédaction et de présentation des devoirs universitaires), l’Oreille prône pour sa part un retour, quand cela s’applique, aux verbes être et avoir, mais ses élèves ont été formés à courir le synonyme (ou ce qui semble en tenir lieu) de ces verbes.

La langue médiatique et la langue scolaire se méfient de la simplicité. La langue publicitaire n’est pas en reste, qui est friande de préciosités lexicales. Un seul exemple : «Espaces de vie inédits sur le canal», proclame tel site, pour vendre ses condos près du Canal de Lachine (merci à @PimpetteDunoyer).

L’Oreille ne se leurre pas : effectuer le passage de la complication inutile à la simplicité bienvenue risque d’être bien difficile.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

7 thoughts on “Éloge du simple”

  1. Eloge de simple bienvenu. La complication mène parfois au charabia. Entendu dans un spot publicitaire: »on est là sûr une véritable bonne nouvelle pour… » . Pourquoi pas: « c’est une bonne nouvelle pour… » ? Et les exemples sont légion.

  2. Quand je travaillais dans un bureau de traducteurs, on s’amusait à dire, à la blague : «Je m’en vais effectuer pipi», pour se moquer de cette propension à remplacer ‘faire’ par ‘effectuer’. 🙂

    1. Ils peuvent bien se moquer, les traducteurs, mais ils sont souvent coupables eux-mêmes! Quand je lis quelque chose comme « Le gouvernement est déterminé à élaborer des stratégies afin de mettre en oeuvre ses priorités pour les collectivités », plutôt que, mettons, « Le gouvernement veut faire le nécessaire afin de réaliser ses priorités pour la population », je sais qu’il y a du traducteur là-dessous!

      1. Si vous voulez mon avis, il peut tout aussi bien y avoir « du politicien » là-dessous : ça sent autant la langue de bois que la traduction…

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