Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Claudel

Philippe Claudel, Meuse l'oubli, éd. de 2006, couverture«Paule avait quelque trente ans et des seins de rodomontade, oui de rodomontade, même si cela ne veut rien dire […]» (p. 13).

«Celle-ci claquait des dents, et de rire et de froid, décembre en plein visage; les vagues si hautes nous giflaient de brisures d’eau pareilles a des silex. […] Saoul de beaucoup de breuvages et d’envie, je brandissais ses mamelons à la mère hurlante […]» (p. 13).

«Tous les troquets de Gand me virent tituber pendant les semaines qui suivirent la mort de celle que jadis je nommais, dans les grands soirs ensirupés de lyrisme et de vin de groseille, ma caressante» (p. 21).

«Qui ne l’a donc connue au travers de mes brailleries d’aube, soupes rances de bière, et de mots dont je régalais mes frères d’une nuit ?» (p. 22)

«Je promène dans Feil l’ombre de Paule et mes regrets» (p. 35).

«Une maison sur deux n’a plus de feu, ni de lit, de chuchotements, de pleurs, d’odeurs de soupe, d’engueulades énormes, de râles amoureux» (p. 36).

«Les vieux beloteurs sont là sans t’avoir connue. Ils vivent en ignorant que Paule fut belle et aimée, qu’elle avait le cul d’un Maillol et le rire dispendieux, des dents de fauve, le ventre d’un capitole, belle d’un revers de soie aux yeux de noctambule qui cherche, les mains tendues contre une muraille hérissée de tessons» (p. 41).

«Elle se mêlait tout éplorée aux traînes des cortèges pour essuyer, à peine la bière ensevelie et le sermon expédié, le chagrin des immanquables cousins que toutes funérailles un tant soit peu sérieuses convoquent, quand ce n’était pas la douleur du veuf lui-même, chaviré par les larmes, le grand air, le noir et l’encens» (p. 73).

«“Te prends-tu pour un petit Marcel”», lance ma mère en même temps qu’une claque sèche, un soir après que je viens de lui réclamer un baiser […]» (p. 83).

«Un jour ma mère prit un bateau et le bras d’un Sud-Américain» (p. 146).

Philippe Claudel, Meuse l’oubli, Paris, Stock, 2006 (1999), 152 p.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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