Quelques mots pour la coupe Vanier

Carabins conte Marauders

«Si l’Italie est une botte, vous verrez que l’île de Montréal ressemble étonnamment à une chaussette. Ou à son contenu, à un pied […]. L’île Jésus épouse l’intérieur du pied comme un ballon de football américain que le pied serait en train de botter vers la baie d’Hudson.»
François Hébert, Montréal

Demain se déroule le championnat canadien de football universitaire, la coupe Vanier (où l’on souhaite bien sûr la victoire des Carabins de l’Université de Montréal). Toujours à l’écoute de ses bénéficiaires, l’Oreille tendue en profite pour proposer quelques mots de la langue du ballon ovale.

Presque chaque séquence de jeu est marquée initialement par le même geste : il faut lever le ballon. C’est à cela que se consacre le joueur de centre, communément appelé, du moins dans les cours d’école, la poule. Il passe le ballon entre ses jambes pour le remettre à son quart-arrière ou à un botteur.

L’équipe qui se défend — la défensive, affectueusement appelée diffensse ou, mieux encore, la (big) di — fonce sur ce quart-arrière, en essayant d’écarter les joueurs adverses sur son passage : cela s’appelle créer de la pénétration. Comment se prémunir contre cette volonté du front défensif ? En scellant le périmètre qui entoure(rait) le quart-arrière. Il faut faire vite : les joueurs de la défensive sont là pour arrêter la progression de ceux de l’autre bord, pour les empêcher de faire avancer le ballon. Au besoin, ils n’hésiteront pas à blitzer (foncer à plusieurs sur le quart).

En revanche, l’équipe qui attaque — l’offensive ou, à l’anglaise, l’offensse — cherche à créer de la séparation : plus ses joueurs seront isolés, mieux ce sera(it). Tout dépend du plan de match qu’elle aura élaboré durant le caucus. Le front offensif est évidemment un rouage capital de ces stratégies.

L’équipe à l’attaque peut gagner du terrain par la voie des airs. Avant de courir avec le ballon, le receveur doit s’assurer de sécuriser sa passe; cela exige de bonnes mains. Tous vous le diront : les meilleurs receveurs sont ceux qui accumulent des verges après l’attrapé. (On notera au passage que les passes longues sont des bombes et que, parmi les courtes, il y des passes voilées. Voilà le jeu aérien.) Une passe à la spirale parfaite est un cigare.

L’offensive peut aussi gagner du terrain au sol. Dans cette phase du jeu, il faut pratiquer des ouvertures pour le porteur de ballon, lui ouvrir des brèches, histoire qu’il s’y engouffre, voire des autoroutes ou des boulevards (le mot est fréquent au soccer, mais rare au football). Sans corridor de course, même les plus belles feintes du monde sont inutiles. Il faut donc gagner la bataille des tranchées.

Quand l’offensive n’a que quelques pouces à gagner — on parle moins volontiers de centimètres —, elle envoie sur le terrain ses plus gros joueurs — elle amène du bœuf de substitution, bref. Ceux-là poussent, histoire que le quart-arrière réussisse sa faufilade et qu’on puisse déplacer les chaîneurs, ceux qui s’assurent que les dix verges nécessaires au premier essai ont bel et bien été parcourues ou franchies.

On ne confondra pas la faufilade avec la dérobade : cette dernière est réservée aux quarts mobiles, ceux qui n’ont pas peur de sortir de leur pochette (protectrice).

Que l’on cueille le ballon ou qu’on le porte, il est de bon ton de tourner le coin (aller droit devant quand on veut nous en empêcher) ou de briser les plaqués (continuer quand on veut nous arrêter). C’est le signe qu’on est le plus fort.

La bataille du positionnement sur le terrain est cruciale au football. Quand une équipe est refoulée dans son territoire, elle a un long terrain à parcourir. Au contraire, plus elle se rapproche de la zone des buts de l’autre équipe, plus le terrain est court. Il n’est jamais aussi court que dans la zone payante, la red zone, entre la ligne de 20 verges et la zone des buts. C’est pourquoi il est inadmissible de ne pas marquer quand on pénètre cette zone. Pas question de laisser des points sur le terrain.

Le temps de possession du ballon est au moins aussi important que le positionnement. Comme l’écrivait Daniel Lemay en 2006, «si les autres n’ont pas l’objet, ils ne peuvent pas compter» (Montréal football, p. 190). Il faut le garder pour soi.

Au hockey, quand un arbitre veut signaler une infraction, il siffle. Au football, il jette son mouchoir sur le terrain. Quand plusieurs arbitres le jettent en même temps, on peut parler de festival du mouchoir.

Il n’est pas sûr que la langue de foot soit aussi riche que la langue de puck. Ce n’est pas une raison pour la négliger.

 

[Complément du 6 février 2016, veille du 50e Super Bowl]

Un joueur qui reçoit un botté (d’envoi, de dégagement) peut essayer de faire un retour (de botté). Il peut aussi considérer que c’est trop dangereux; il demande alors l’immunité.

Qu’arrive-t-il au joueur qui se fait plaquer ? On lui souhaite de briser le plaqué ou de l’absorber et, s’il a le ballon, de ne pas être victime d’un échappé, surtout si celui-ci est recouvré par les adversaires (tout le monde abhorre les revirements).

Votre coéquipier n’est pas à sa place ? C’est une erreur d’assignation.

 

[Complément du 10 septembre 2016]

Le fils cadet de l’Oreille tendue commence sa carrière de footballeur aujourd’hui. Quelques ajouts à ce bref vocabulaire du football sont peut-être utiles.

Fils cadet est secondeur; il joue donc à la défensive. Il doit contrôler la ligne d’engagement quand c’est nécessaire, s’assurer de ses couvertures, surveiller adéquatement l’entrezone, voire, dans le meilleur des mondes possibles, forcer une interception ou un échappé.

Pas question pour lui de permettre un festival offensif. Si l’autre équipe est en situation de court gain, s’il lui faut gagner des poussières, son rôle est de la stopper et de mettre fin à la série offensive.

S’il fait tout cela, la journée sera bonne. Sinon, elle le sera aussi, mais autrement.

 

Références

Hébert, François, Montréal, Seyssel, Champ vallon, coll. «Des villes», 24, 1989, 103 p.

Lemay, Daniel, Montréal football. Un siècle et des poussières…, Montréal, Éditions La Presse, 2006, 240 p. Ill.

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey, Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 128 p. Préface de Jean Dion. Illustrations de Julien Del Busso.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014), couverture

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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