Toi, mon associé

L’Oreille tendue aime bricoler, ce qui fait qu’elle fréquente plus souvent qu’à son tour les grandes surfaces du genre Réno-dépôt. Elle y était samedi dernier.

Elle passe à la caisse. Sa facture l’invite à visiter le site labonnejob.ca si elle est à la recherche d’un emploi. Elle y va, bien évidemment — mais pas pour l’emploi. Elle y trouve ceci :


Une question et une remarque.

La question : pourquoi ainsi passer du tu au vous ? On se croirait dans un magasin de jeux électroniques.

La remarque : appeler associé celui qui n’est qu’un commis relève de l’euphémisation généralisée dans laquelle nous baignons, de ce refus d’appeler les choses par leur nom qui a conquis tant de sphères de la vie sociale.

 

[Complément du 20 mars 2014]

Selon le quotidien montréalais la Presse, le mot associé aurait remplacé employé d’abord dans les magasins de la chaîne Walmart en 1994 (17 mars 2014, cahier Affaires, p. 5).

 

[Complément du 11 novembre 2015]

Aujourd’hui, à l’émission Plus on est de fous, plus on lit ! de la radio de Radio-Canada, le journaliste économique Gérald Filion a notamment choisi le mot associé dans le segment de l’émission intitulé «Les mots à bannir de la bouche des économistes».

À la suite de son passage, sur Twitter, deux autres mots ont été rapprochés de celui-là, collaborateurs (@VGaudreau) et talents (@leblancetienne). Ce n’est pas mieux.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

11 thoughts on “Toi, mon associé”

  1. Ce qui me trouble tout particulièrement, c’est cette femme qui se déhanche pour le type en arrière-plan, qui « jouit » de sa « flexibilité »…

    1. Il y a trois illustrations qui se succèdent sur la page d’accueil de labonnejob.ca. L’Oreille tendue n’a pas choisi celle-là uniquement parce que le niveau est un de ses outils favoris…

  2. L’iconographie de ce genre est au moins aussi répandue que l’euphémisation généralisée. À preuve, les nombreuses affiches publicitaires qui tapissaient le métro* proposant au chaland une formation en mécanique, soudure, etc. Sous couvert d’égalité des sexes dans l’accès à ces emplois traditionnellement occupés par des hommes, on y voyait des blondasses en bleu de travail maniant de gros outils. Dans la mise en scène, on est pas loin du calendrier cochon affiché dans le back-room de l’atelier.

    *du moins, elles étaient nombreuses il y a trois ans, quand j’étais au Québec.

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