Concentrons-nous

Attirer l’attention sur ? Plouc. Se concentrer sur ? Ringard. Insister sur ? Passé date. Faire le point sur ? Franco-français. Dites focus(s)er. (Mettre le focus s’entend aussi.)

Certains écrivent ce verbe avec une seule s.

Premier constat : André Thouin est fort connu à son époque. Fils du jardinier du roi, il reprend la charge de son père dès l’âge de vingt ans, où il excelle malgré sa jeunesse. Il augmente considérablement les collections du Jardin des plantes, et travaille à acclimater de nouvelles espèces. C’est un golden boy de la botanique, jeune et focusé (Révolutions, p. 192).

D’autres avec deux.

Gérard pense :
Une galaxie près de chez moi ? Google ensuite
Focusse sur la terre, ensuite sur la France, sur Paris,
sur le Comète Hôtel.
(Toute l’œuvre incomplète, p. 116)

L’Oreille tendue se range dans le camp de ces derniers.

P.-S. — Définition du Dictionnaire instantané québécois (2004) : «Concentration maximale, généralement mal dirigée. J’ai focussé sur les détails» (p. 97).

 

[Complément du 11 octobre 2014]

En écrivant, ci-dessus, «une seule s», l’Oreille a-t-elle fait une coquille ?

Non, s’il faut en croire plusieurs dictionnaires anciens : «lorsque le nom des consonnes comme par une voyelle, f, h, l, m, n, r, s […] il est féminin». Cela a (un peu) changé : «Cet usage existe encore, mais le masculin prévaut très nettement, notamment parmi les grammairiens et les linguistes d’aujourd’hui» (le Bon Usage, § 470 b).

L’Oreille a découvert cette subtile «règle» en écoutant Antoine Perraud, l’animateur de Tire ta langue à la radio de France Culture.

 

Références

Fortier, Dominique et Nicolas Dickner, Révolutions, Québec, Alto, 2014, 424 p. Ill.

Grevisse, Maurice, le Bon Usage. Grammaire française, Paris-Gembloux, Duculot, 1986 (douzième édition refondue par André Goose), xxxvi/1768 p.

Hébert, François, Toute l’œuvre incomplète, Montréal, l’Hexagone, coll. «Écritures», 2010, 154 p.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Dictionnaire québécois instantanté, 2004, couverture

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'Utilisation Commerciale 4.0.

Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

3 thoughts on “Concentrons-nous”

  1. Vous avez quelque chose contre « focaliser » ? « Focuser » vient du lexique des sciences de l’optique et du rayonnement (on focalise à l’aide d’une lentille) et signifie simplement « faire le point », photographiquement parlant s’entend. Focus, c’est assez semblable à faux-cul, non ? C’est en tout cas un bel exemple du «traduit-du» honni par Miron.

      1. Bien sûr, mais comme « focaliser » n’apparaissait pas dans la liste, le Prof s’interrogeait. Et errait dans sa référence au « traduit-du » mironien. « Focusser » est au contraire un calque parfait.

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