Tontir une deuxième fois ?

David Turgeon, La raison vient à Carolus, 2013, couverture

Soit la phrase suivante, tirée de La raison vient à Carolus de David Turgeon (2013) :

«Je me souviens, et je ne peux l’affirmer avec certitude mais c’est ce qui ferait la meilleure histoire, que Carolus un jour retontit dans notre cul-de-sac […]» (p. 14).

Retontir, donc.

En 2008, deux auditeurs de la radio de Radio-Canada avaient proposé ce verbe dans le cadre du concours «J’ajoute un québécisme au dictionnaire».

Son sens ? Arriver, souvent à l’improviste.

P.-S. — Existe en version archaïque : ressoudre, à prononcer erssoudr’.

 

[Complément du 2 octobre 2020]

Des exemples avec ressou(r)dre ?

En chanson : «Qui c’est qui r’soud ?» (Richard Desjardins, «Le chant du bum»)

En poésie : «chez vous j’ai ressoud» (Gérald Godin, «Cantouque d’amour», p. 22).

En roman, en deux graphies : «Il était convaincu qu’on allait le voir ressoudre à l’aube, les sacoches pleines de morilles» (Thierry Dimanche, Cercles de feu, p. 404); «En voyant ressourdre l’intruse à l’épluchette, Madeleine-la-Mére était rentrée dans la maison, dépitée» (Éric Dupont, la Fiancée américaine, p. 179).

Twitter donne d’autres exemples romanesques, chez Noël Audet et chez Geneviève Pettersen et Christophe Bernard.

 

[Complément du 3 octobre 2020]

Ah ! la mémoire ! L’Oreille tendue, le 23 octobre 2017, signalait un ressourdre dans Simone au travail de David Turgeon : «Examinons pourtant l’éventualité où, par cette forme toujours déplacée d’orgueil dont les écrivains ont fait tant d’histoires, Pierre-Luc eût décidé de bouder tout seul de son côté, et ce, tant que ne ressourdrait pas Sarah-Jeanne» (p. 52).

 

Références

Dimanche, Thierry, Cercles de feu. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 138, 2019, 438 p.

Dupont, Éric, la Fiancée américaine. Roman, Montréal, Marchand de feuilles, 2015 (2012), 877 p.

Godin, Gérald, les Cantouques. Poèmes en langue verte, populaire et quelquefois française, Montréal, Parti pris, coll. «Paroles», 10, 1971 (1967), 52 p.

Turgeon, David, La raison vient à Carolus, Montréal, Le Quartanier, coll. «Nova», 9, 2013, 58 p.

Turgeon, David, Simone au travail, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 111, 2017, 284 p. Rééd. : Montréal, Le Quartanier, coll. «Écho», 2018, 280 p.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

5 réflexions au sujet de “Tontir une deuxième fois ?”

  1. Ressoudre ou ressourdre (sourdre à nouveau)? Ducharme écrit ressourdre :

    « J’ai ouvert la porte; je l’ai vue ressourdre. Je ne lui ai pas paru assez surpris de la voir ressourdre.
    — Tu n’as pas l’air surpris de me voir ressourdre, a-t-elle murmuré, le dos rond, les bras tombés du corps, la tête basse, les cheveux pleins de vent, les yeux cernés, le nez morveux et la bouche noire. »

    Réjean Ducharme, Le nez qui voque, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1967, p. 209.

    1. La filiation sourdre / ressourdre paraît juste aux yeux de l’Oreille — merci —, d’autant que les sens de sourdre — «Sortir de la terre avec une faible puissance», «Naître, surgir» (le Petit Robert, édition numérique de 2014) — rejoignent celui de ressourdre.

      Cela étant, sourdre n’a pas de participe, alors que ressoudre en a un, ressous (Léandre Bergeron, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p., p. 425). L’Oreille se souvient l’avoir entendu dans la bouche de sa grand-mère.

      Rien pour simplifier la vie à @david_turgeon, qui écrivait hier sur Twitter de ressoudre que «ça ferait de jolis imparfaits du subjonctif».

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