Des ursidés sonores

Le Petit Robert (édition numérique de 2010) donne la prononciation «ourss» et «ourss brun» (mais on pourrait aussi, semble-t-il, dire «ourz brun»), sans distinguer la prononciation au singulier de celle au pluriel.

Claude-Henri Grignon et Albert Chartier, dans leur Séraphin illustré (2010), préféraient «Un ourre !» (p. 74). Ils rejoignaient par là Léandre Bergeron qui, dans son Dictionnaire de la langue québécoise (1980), classait les ursidés à «our» et non à «ours» (p. 357). (À «ours», il est plutôt question de l’«Organe sexuel féminin».)

Pour les personnages d’Arvida (2011) de Samuel Archibald, c’est plus complexe : «On prononçait à l’envers sur les terres du Seigneur. On disait un our et des ourses» (p. 136). Mais «à l’envers» de qui ?

 

[Complément du 23 février 2012]

Compliquons un peu les choses en citant deux vers d’une comédie de 1784, le Concours académique, signée par Cubières de Palmézeaux :

«Ses dehors sont peu doux ainsi que ses discours.
Il a beaucoup moins l’air d’un homme que d’un ours» (acte I, scène III, p. 226).

 

[Complément du 26 août 2014]

S’il faut en croire le journaliste Jean-François Nadeau, les étudiants de la Faculté de droit de l’Université Laval (Québec) ont trouvé une solution à cette question. En période d’initiation — de bizutage —, ils sont forcés de chanter «Cours avant qu’t’je fourre avec ma grosse graine d’ours» (le Devoir, 25 août 2014, p. A3). La rime ne saurait mentir.

 

[Complément du 14 février 2016]

«Le chum à Chabot», le personnage créé par Fabien Cloutier, dans son spectacle Scotstown, choisit lui aussi our (DVD, 2015, 4e minute).

 

[Complément du 14 février 2016, bis]

Autre occurrence, en chanson cette fois, gracieuseté de @revi_redac : «On a essayé l’tunnel d’amour, fait noir comme dans l’cul d’un ours» (Richard Desjardins, «Kooloo Kooloo»).

 

[Complément du 12 février 2017]

Et vous, comment prononceriez-vous ceci : «Retour aux ours» (Autour d’Éva, p. 390) ?

 

Références

Archibald, Samuel, Arvida. Histoires, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 04, 2011, 314 p. Ill.

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Cloutier, Fabien, Scotstown et Cranbourne, Montréal, TVA Films et Encore management, DVD, 2015.

Cubières de Palmézeaux, le Concours académique, ou le Triomphe des talents, dans Théâtre moral ou pièces dramatiques nouvelles, Paris, Belin, Veuve Duchesne et Bailli, 1784, tome premier, p. 197-327.

Grignon, Claude-Henri et Albert Chartier, Séraphin illustré, Montréal, Les 400 coups, 2010, 263 p. Préface de Pierre Grignon. Dossier de Michel Viau.

Hamelin, Louis, Autour d’Éva, Montréal, Boréal, 2016, 418 p.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

7 thoughts on “Des ursidés sonores”

  1. À l’envers du « monde en ville », évidemment. À Arvida, on dit un ourss et des ourres, ça change plus haut dans les terres…

    1. Encore faudrait-il préciser de quelle ville il s’agit. Dans celle où a grandi l’Oreille tendue — l’ursidé n’y vivait pas à cette époque —, la prononciation était la même au singulier et au pluriel : ourss.

  2. Il s’agit de la ville d’Arvida, si je peux me permettre. On prononçait à l’envers de la ville d’Arvida sur les terres du Seigneur…

    1. Oui, bien sûr, mais la question de l’Oreille tendue n’est pas (uniquement) celle-là. La prononciation différente, selon le genre, du mot ours est-elle propre à Arvida ? Je ne crois pas, mais elle n’est pas généralisée non plus à toutes les villes du Québec.

  3. En tant que fille de Québec, j’ai longtemps pensé qu’on devait dire un «our», des «ourses». Desjardins prononce aussi l’ursidé «à l’endroit», et fait rimer «amour» avec «our» (ce qui est mieux qu’avec «toujour») : «On a essayé l’tunnel d’amour,/fait noir comme dans l’cul d’un ours».

  4. Dans ma famille aussi (de la région de Québec), ours était singulier et « ourre » au pluriel; ça m’a toujours paru être dans la même catégorie de pluriel que oeuf/oeux, boeuf/beux. (Je parle de la génération des 80 ans et plus). Superbe trouvaille que cette pièce de 1784!

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